MISE À JOUR : 07.08.2026
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Beaucoup de gens sont surpris d’apprendre que le requin blanc est un visiteur saisonnier régulier du golfe et de l’estuaire du Saint-Laurent. Loin d’être un visiteur occasionnel ou égaré, il fait partie de la faune marine indigène de l’est du Canada et sa présence dans ces eaux est documentée depuis des siècles, voire des millénaires.
Ordre – Lamniformes
Famille – Lamnidés (Lamnidae)
Genre – Carcharodon
Espèce – C. carcharias
Carcharodon carcharias est le nom scientifique du requin blanc. Dérivé du grec, ce nom signifie approximativement « requin aux dents dentelées » ou « requin aux dents acérées ».
Le requin blanc est sans doute le requin le plus célèbre, mais aussi le plus redouté au monde. Sa réputation de « mangeur d’hommes » demeure largement exagérée, alimentée par le cinéma, les manchettes sensationnalistes et des décennies de désinformation. Il n’en demeure pas moins un grand prédateur capable, dans certaines circonstances, d’infliger des blessures graves ou mortelles à un être humain. Toute interaction avec cette espèce doit donc être prise au sérieux.
Dans le nord-ouest de l’Atlantique, le requin blanc effectue d’importantes migrations saisonnières entre le sud-est des États-Unis et le Canada atlantique. Aujourd’hui, l’espèce est régulièrement observée au large de la Nouvelle-Écosse dès le printemps, et de nombreux individus poursuivent leur migration jusque dans le golfe et, à l’occasion, l’estuaire du Saint-Laurent. Les requins observés dans le golfe sont principalement des juvéniles et des subadultes. Les détections confirmées sont actuellement les plus fréquentes entre juin et novembre, bien que certains chercheurs soupçonnent que certains individus puissent fréquenter la région pendant une période encore plus longue.
Bien que les interactions entre les requins blancs et les humains demeurent rares au Canada atlantique, elles pourraient devenir plus fréquentes à mesure que le rétablissement de la population entraîne un chevauchement croissant entre les habitats fréquentés par l’espèce et les zones utilisées par les nageurs, plongeurs, surfeurs, planchistes à pagaie, pêcheurs et autres usagers du milieu marin. Même si le risque statistique d’un incident demeure très faible, il ne peut être complètement écarté. Une bonne compréhension du comportement de l’espèce, combinée à l’adoption de mesures de prudence élémentaires, constitue la meilleure façon de favoriser une cohabitation sécuritaire.
Malgré sa visibilité croissante, le requin blanc demeure une espèce en voie de disparition dans les eaux canadiennes. La taille de sa population est toujours inconnue, et l’espèce continue de faire face à des menaces telles que les captures accidentelles, la dégradation de son habitat, les fluctuations de ses proies et les activités humaines. Plutôt que de témoigner de l’arrivée d’un nouveau prédateur, sa présence accrue dans le Saint-Laurent semble refléter le rétablissement progressif de l’une des espèces marines indigènes les plus remarquables du Canada atlantique.
Sections
- Noms
- Description
- Taille et apparence
- Toutes les nageoires ne sont pas des requins blancs
- Dentition
- Distribution
- Pourquoi les requins blancs sont-ils de plus en plus fréquents dans le golfe du Saint-Laurent ?
- Proies
- Prédateurs
- Reproduction
- Longévité
- Rencontres avec l’être humain et sécurité
- Pêcheries
- Statut de conservation
Noms
Noms communs (français) : Requin blanc, grand requin blanc, mort blanche.
Noms communs (anglais) : White shark, great white shark, white pointer, white death
Nom scientifique : Carcharodon carcharias
Carcharodon carcharias est le nom scientifique du requin blanc. Dérivé du grec, ce nom signifie approximativement « aux dents dentelées », en référence à ses grandes dents triangulaires munies de bords finement dentelés. Carcharodon provient des mots grecs karcharos (« acéré » ou « dentelé ») et odous (« dent »), tandis que carcharias, également issu du grec, désigne un requin aux dents acérées.
Requin blanc ou grand requin blanc ? Historiquement, le terme anglais great white shark servait à distinguer cette espèce d’un autre requin autrefois appelé white shark, le requin longimane (Carcharhinus longimanus), parfois désigné dans certaines sources sous le nom de lesser white shark. En français, toutefois, cette dernière espèce n’a jamais été couramment appelée requin blanc ou petit requin blanc. L’ajout de grand dans grand requin blanc constitue donc essentiellement un calque de l’anglais plutôt qu’une nécessité de la nomenclature française.
Aujourd’hui, un nombre croissant de scientifiques et d’organisations privilégient le terme plus simple requin blanc. C’est également la terminologie adoptée par l’Observatoire des requins du Saint-Laurent.
Description
• Longueur moyenne de 3,5 à 5 mètres dans l’Atlantique canadien et au Québec.
• Dos de couleur variable, gris plomb, gris brunâtre ou noirâtre, contrastant avec une face ventrale blanche.
• Corps massif et fuselé en forme de torpille.
• Grande première nageoire dorsale triangulaire suivie d’une seconde nageoire dorsale beaucoup plus petite.
• Nageoires pectorales présentant des extrémités noires sur leur face ventrale.
• Nageoire caudale dont les lobes supérieur et inférieur sont presque de taille égale.
• Dents plates, triangulaires et munies de bords finement dentelés.
• Présence saisonnière dans l’Atlantique canadien et les eaux du Québec.
Taille et apparence
Longueur maximale : jusqu’à 6,1 m[1] Longueur à maturité : ♂ 3,5 à 4 m, ♀ 4,5 à 5 m[2] Poids : jusqu’à 1 970 kg[3]
Le requin blanc est la troisième plus grande espèce de requin et le plus grand poisson prédateur au monde. Dans le Saint-Laurent, la plupart des individus observés sont des juvéniles ou des subadultes. Un spécimen particulièrement imposant, mesurant 5,23 m (17,17 pi), a été capturé accidentellement en 1983 dans le golfe du Saint-Laurent, au large de l’Île-du-Prince-Édouard. L’analyse des bandes de croissance de ses vertèbres a permis d’estimer son âge à 17 ans, ce qui laisse croire qu’il n’avait pas encore atteint sa taille maximale.
À titre de comparaison, bien que le requin du Groenland puisse égaler, voire dépasser, le requin blanc en longueur, ce dernier possède une morphologie beaucoup plus robuste et peut atteindre près du double de sa circonférence et de sa masse.
« Sans aucun doute, Carcharodon carcharias dépasse 6,1 m de longueur, mais aucun cas de cette taille n’a encore été authentifié. »
« Sans aucun doute, Carcharodon carcharias dépasse 6,1 m de longueur, mais aucun cas de cette taille n’a encore été authentifié. »
— Randall, 1987
La coloration du requin blanc et son contre-ombrage lui procurent un camouflage efficace, lui permettant de se fondre dans son environnement lorsqu’il tend une embuscade à ses proies. Cette apparence est toutefois à l’origine de nombreuses erreurs d’identification. Dans le nord-ouest de l’Atlantique, le requin pèlerin est souvent confondu avec le requin blanc en raison de la taille et de la forme similaires de sa nageoire dorsale. Dans le Saint-Laurent, le requin maraîche est lui aussi fréquemment pris pour un jeune requin blanc.
(Ci-dessous) Capturé accidentellement en 1983 à 20 km au large d’Alberton (Île-du-Prince-Édouard), ce requin blanc demeure le plus grand spécimen dont la longueur a été mesurée avec précision au Canada et l’un des plus grands jamais documentés dans le monde. L’examen de son contenu stomacal a révélé les restes de deux marsouins communs ainsi que de plusieurs morues, possiblement piégées dans le filet de pêche.
(1) Randall, J. E. 1987. Refutation of lengths of 11.3, 9.0, and 6.4 m. attributed to the white shark, Carcharodon carcharias. California Fish and Game, 73 (3): 163–168, figs 1–3.
(2) Compagno, L., Dando, M., Fowler, S. 2005. Sharks of the World. Collins, 368 p.
(3) Uchida, S. Toda, M., Teshima, K., Yano, K. 1996. Pregnant White Sharks and Full-Term Embryos from Japan. In: Klimley, A.P. & Ainley, D. (Eds.) Great White Sharks. The biology of Carcharodon carcharias: 139–155.
Toutes les nageoires ne sont pas des requins blancs.
Le requin pèlerin figure parmi les espèces le plus souvent confondues avec le requin blanc lorsqu’il est observé depuis une embarcation ou le rivage. Les deux espèces nagent fréquemment près de la surface avec leur nageoire dorsale émergée, notamment dans les eaux côtières de l’Atlantique canadien et du golfe du Saint-Laurent. À distance, elles peuvent sembler étonnamment similaires, mais plusieurs caractéristiques permettent de les distinguer.
La nageoire dorsale du requin pèlerin est généralement plus large et plus arrondie, avec un bord arrière lisse et incurvé. Celle du grand requin blanc est habituellement plus haute et plus pointue, souvent dotée d’un bord postérieur plus droit ou irrégulier. Le grand requin blanc présente également une coloration bicolore plus marquée, avec un dos foncé contrastant nettement avec un ventre blanc, tandis que le requin pèlerin affiche une teinte généralement plus uniforme.
Contrairement au grand requin blanc, prédateur actif, le requin pèlerin est totalement inoffensif pour l’être humain. Ce filtreur paisible nage lentement la bouche largement ouverte afin de capturer le plancton en suspension dans l’eau. Malgré sa taille impressionnante, il ne représente aucun danger et compte parmi les plus doux géants des eaux de l’Atlantique canadien.

Dentition
Les dents d’un requin blanc adulte sont larges, triangulaires et finement dentelées, ce qui lui permet de trancher efficacement la chair. Celles des juvéniles et de la mâchoire inférieure sont généralement plus étroites. Lorsqu’il attaque une grande proie, le requin blanc secoue souvent violemment la tête de gauche à droite, utilisant ses dents comme une lame dentelée pour arracher de larges morceaux de chair.
En 2008[1], une équipe de chercheurs a estimé que la force de morsure d’un requin blanc de 3 324 kg atteignait 18 216 newtons (environ 1 858 kgf)[2], soit l’une des morsures les plus puissantes jamais mesurées dans le règne animal.
À noter : contrairement à certaines affirmations parfois relayées dans les médias, aucune preuve ne permet d’attribuer au requin blanc les « blessures en tire-bouchon » observées chez les phoques autour de l’île de Sable.
(1) Wroe, S., Huber, D. R., Lowry, M., McHenry, C., Moreno, K., Clausen, P., Ferrara, T. L., Cunningham, E., Dean, M. N., Summers, A. P. 2008. Three-dimensional computer analysis of white shark jaw mechanics: How hard can a great white bite? Journal of Zoology. 276 (4): 336–342.
(2) The kilogram-meter per second (kg·m/s or kg·m·s–1) is the standard unit of momentum . Reduced to base units in the International System of Units (SI), a kilogram-meter per second is the equivalent of a newton-second (N·s), which is the SI unit of impulse.
Distribution
Le requin blanc possède l’une des répartitions géographiques les plus étendues parmi les requins, fréquentant des eaux allant des régions subarctiques jusqu’aux tropiques. Dans l’Atlantique Nord-Ouest, il est présent de Terre-Neuve jusqu’à la Floride. Il a même été observé aussi loin vers l’ouest qu’à Rivière-Portneuf[1], dans l’estuaire du Saint-Laurent, soit à environ quatre heures de navigation en aval de Québec. Prédateur opportuniste, le requin blanc s’aventure volontiers dans les eaux côtières peu profondes à la recherche de proies comme les phoques, ce qui l’amène parfois à proximité de secteurs fréquentés par les résidents et les vacanciers.
Malgré l’augmentation récente du nombre d’observations documentées, le requin blanc n’est pas un nouveau venu dans le Saint-Laurent. Les traditions orales mi’kmaq, les données archéologiques, les récits des premiers explorateurs et missionnaires, les archives des pêches ainsi que les documents historiques témoignent tous de sa présence de longue date dans les eaux de l’est du Canada.
Jusqu’à récemment, le requin blanc ne fréquentait généralement le Saint-Laurent que pendant une courte période, principalement du milieu à la fin de l’été. Aujourd’hui, toutefois, sa présence saisonnière dans le golfe et l’estuaire s’étend généralement de juin à novembre et peut, certaines années, approcher ou dépasser six mois. Bien que les changements climatiques ne soient pas considérés comme la principale raison de sa présence dans la région, le réchauffement des eaux pourrait avoir prolongé la période durant laquelle les conditions environnementales lui sont favorables.
(Ci-dessous) Répartition provisoire du requin blanc (Carcharodon carcharias) dans le Saint-Laurent et l’Atlantique canadien, établie à partir des données compilées par l’Observatoire des requins du Saint-Laurent. Comme les observations documentées sont devenues de plus en plus fréquentes au cours des dernières années, seules des données historiques et certaines observations sélectionnées sont présentées ici afin d’illustrer l’aire de répartition générale de l’espèce. La carte est mise à jour régulièrement à mesure que de nouvelles données et des archives deviennent disponibles. Les observations provenant des États-Unis ne sont pas incluses, sauf dans les zones frontalières. Pour signaler une observation ou une capture, veuillez communiquer avec nous.
Pourquoi les requins blancs sont-ils de plus en plus fréquents dans le golfe du Saint-Laurent?
L’une des questions qui nous est le plus souvent posées concerne l’augmentation apparente du nombre d’observations de requins blancs dans le golfe du Saint-Laurent et, plus largement, dans le Canada atlantique. Bien qu’aucun facteur ne puisse, à lui seul, expliquer cette tendance, les connaissances actuelles suggèrent que plusieurs facteurs écologiques et technologiques agissent de manière complémentaire.
Il est important de distinguer une augmentation des observations d’une augmentation du nombre réel de requins. Bien que ces deux phénomènes semblent se produire simultanément, l’amélioration des moyens de détection ne suffit pas, à elle seule, à expliquer l’ampleur de l’augmentation observée au cours des dernières années.
Rétablissement de la population du nord-ouest de l’Atlantique
Bien que plusieurs hypothèses aient été proposées pour expliquer l’augmentation récente des observations de requins blancs, l’hypothèse de travail actuelle de l’Observatoire des requins du Saint-Laurent (ORS) est que le principal facteur est le rétablissement progressif de la population du nord-ouest de l’Atlantique à la suite des mesures de protection mises en place au Canada et aux États-Unis au cours des dernières décennies. Selon cette hypothèse, lorsqu’une population atteint un certain seuil, les individus les plus jeunes tendent à se disperser vers le nord afin de réduire la compétition avec les adultes de grande taille, recolonisant progressivement des habitats historiquement fréquentés, comme le golfe du Saint-Laurent, où les proies, notamment le phoque gris, sont redevenues abondantes à la suite du rétablissement de leurs propres populations.
Rétablissement des populations de phoques gris
Le phoque gris constitue l’une des principales proies du requin blanc dans le Canada atlantique. Le rétablissement spectaculaire des populations de phoques gris au cours des dernières décennies a créé d’importantes possibilités d’alimentation dans le golfe du Saint-Laurent, rendant cette région de plus en plus attrayante pour les requins blancs en migration.
Changements environnementaux
Les changements environnementaux, notamment le réchauffement des eaux, pourraient également contribuer au phénomène observé. Plutôt que d’avoir entraîné l’arrivée du requin blanc dans le golfe, les changements climatiques pourraient simplement avoir prolongé la période pendant laquelle les conditions environnementales demeurent favorables à sa présence. Alors qu’autrefois les observations étaient principalement concentrées sur une période relativement courte, des requins blancs sont aujourd’hui détectés régulièrement de juin à novembre, et certains chercheurs soupçonnent même que certains individus puissent fréquenter la région pendant une période encore plus longue. Une présence saisonnière plus prolongée augmente naturellement les probabilités d’observation et de rencontre.
Amélioration de la détection
Les chercheurs, pêcheurs et plaisanciers disposent aujourd’hui d’outils qui n’existaient tout simplement pas il y a une génération. Les programmes de marquage satellitaire, comme ceux d’OCEARCH, les réseaux de télémesure acoustique, les drones, les téléphones intelligents, les médias sociaux et la science participative contribuent tous à documenter des requins qui seraient vraisemblablement passés inaperçus autrefois.
Le retour d’un prédateur indigène, et non l’arrivée d’une nouvelle espèce
L’un des points les plus importants à retenir est que le requin blanc n’est pas un nouveau venu dans le golfe du Saint-Laurent. Les traditions orales mi’kmaq, les découvertes archéologiques, notamment de dents anciennes de requins blancs, les archives des pêches, les récits d’explorateurs et de missionnaires, les collections muséales et les observations scientifiques modernes indiquent toutes que cette espèce fréquente ces eaux depuis des siècles, voire des millénaires. L’augmentation récente des observations reflète donc davantage le rétablissement d’un prédateur indigène et notre capacité accrue à documenter sa présence que l’arrivée d’une espèce entièrement nouvelle.
Une combinaison de facteurs
Les connaissances actuelles suggèrent que l’augmentation des observations de requins blancs résulte vraisemblablement d’une combinaison de facteurs : le rétablissement de la population, l’abondance des proies, des changements environnementaux susceptibles de prolonger leur présence saisonnière dans le golfe et une amélioration considérable des moyens de détection. Aucun de ces facteurs, considéré isolément, ne permet d’expliquer adéquatement le phénomène.
Proies
Le requin blanc est un prédateur opportuniste qui se nourrit d’à peu près tout ce qui se trouve sur son passage, vivant ou mort.
Contenus stomacaux confirmés :
Poissons (liste partielle) : saumon atlantique, merlu, flétan, maquereau, thon, bar rayé, autres requins et raies.
Mammifères marins : pinnipèdes (phoques), marsouins, dauphins, grands cétacés (généralement des carcasses).
Autres proies : oiseaux marins, tortues marines.
Prédateurs
Le seul prédateur naturel confirmé du requin blanc est l’orque (Orcinus orca), qui a été observée à de nombreuses reprises chassant et tuant des requins blancs dans plusieurs régions du monde. Pour cette raison, l’Observatoire des requins du Saint-Laurent qualifie généralement le requin blanc de superprédateur plutôt que de prédateur apical, puisque cette espèce est elle-même vulnérable à la prédation par les orques et ne fait pas le poids face à elles lors de telles interactions.
Les observations spectaculaires d’orques s’attaquant à des requins blancs, largement relayées dans la littérature scientifique et les médias, ont conduit de nombreuses personnes à attribuer le déclin des requins blancs observé en Afrique du Sud principalement à la prédation par les orques. Toutefois, selon une étude récente[1], cette interprétation pourrait avoir été trop simpliste. Les auteurs suggèrent que les filets antirequins, la mortalité accidentelle et d’autres facteurs d’origine humaine auraient joué un rôle plus important qu’on ne le croyait auparavant, la prédation par les orques ayant possiblement aggravé le déclin d’une population déjà vulnérable plutôt que d’en constituer la cause unique ou principale.
Cette distinction est également importante dans le contexte du golfe et de l’estuaire du Saint-Laurent, où l’orque et le requin blanc font historiquement partie de la faune marine indigène[2,3]. Bien que l’orque soit le seul prédateur naturel confirmé du requin blanc, rien n’indique actuellement qu’il puisse empêcher le rétablissement de la population de requins blancs du nord-ouest de l’Atlantique ou limiter de façon importante leur présence dans la région. Les observations d’orques sont néanmoins devenues plus fréquentes et plus prévisibles au cours de la dernière décennie, particulièrement dans le nord-est du golfe et au large de la côte sud de Terre-Neuve, bien que l’espèce y demeure relativement peu commune. Les rencontres entre ces deux grands prédateurs marins dans le Saint-Laurent restent donc vraisemblablement peu fréquentes.
(1) Gennari, E., Hammerschlag, N., Fallows, C., Fallows, M., Andreotti, S., Chivell, W., Rutzen, M., Noble, B., Friend, R., & Edwards, L. (2025). White sharks under threats in South Africa: A call for precautionary management action. Endangered Species Research, 58, 409–416.
(2) Vladykov, V. D. (1944). Études sur les mammifères aquatiques III. Chasse, biologie et valeur économique du marsouin blanc ou béluga (Delphinapterus leucas) du fleuve et du golfe Saint-Laurent. Département des Pêcheries de la province de Québec.
(3) Wenzel, F. W., & Sears, R. (1988). A note on killer whales in the Gulf of St. Lawrence, including an account of an attack on a minke whale. Rit Fiskideildar, 11, 202–204.
Reproduction
La reproduction du requin blanc demeure encore mal comprise. L’espèce est ovovivipare et atteint sa maturité sexuelle relativement tard, vers 26 ans chez les mâles et 36 ans chez les femelles[1]. Aucune mise bas n’a jamais été observée directement en milieu naturel, mais la gestation durerait environ 12 mois. Chaque portée compterait entre 4 et 14 petits, mesurant approximativement 135 à 151 cm à la naissance[2].
(1) Natanson Lisa J., Skomal Gregory B. (2015) Age and growth of the white shark, Carcharodon carcharias, in the western North Atlantic Ocean. Marine and Freshwater Research 66, 387-398.
(2) Castro, J. I. 2011. The Sharks of North America. Oxford University Press, 613 p.
Longévité
Une étude[1] publiée en 2015 a révélé que le requin blanc croît plus lentement et vit beaucoup plus longtemps qu’on ne le croyait auparavant. L’âge et le taux de croissance de la population du nord-ouest de l’Atlantique ont été estimés à partir du comptage des bandes de croissance des vertèbres, puis validés par datation au radiocarbone sur huit spécimens (quatre mâles et quatre femelles). Les résultats indiquent un âge maximal de 40 ans pour la plus grande femelle (526 cm) et pouvant atteindre 73 ans pour le plus grand mâle (493 cm). Ces travaux placent le requin blanc parmi les poissons cartilagineux (requins, raies et chimères) les plus longévifs connus, bien qu’il demeure loin derrière l’extraordinaire longévité du requin du Groenland.
(1) Natanson Lisa J., Skomal Gregory B. (2015) Age and growth of the white shark, Carcharodon carcharias, in the western North Atlantic Ocean. Marine and Freshwater Research 66, 387-398.
Rencontres avec l’être humain et sécurité
Selon le Registre canadien des attaques de requins de l’Observatoire des requins du Saint-Laurent, le requin blanc a été impliqué ou soupçonné dans dix incidents confirmés mettant en cause des êtres humains au Canada. Des récits historiques laissent également croire que, dès la préhistoire, des requins blancs auraient pu attaquer des canots mi’kmaq. En date de 2025, la plupart des rencontres documentées concernent de petites embarcations de pêche dans les Maritimes et à Terre-Neuve au cours du siècle dernier.
En 1953, un homme s’est noyé après qu’un requin blanc eut attaqué sa doris au large du Cap-Breton. Plus récemment, en 2021, une personne aurait été mordue par un requin blanc près de l’île Margaree, dans le golfe du Saint-Laurent, ce qui constitue le seul incident documenté de ce type au Canada. En 2025, un adepte de planche à pagaie (SUP) a été projeté à l’eau au large de Cherry Hill Beach, en Nouvelle-Écosse, après avoir été percuté par un requin blanc.
À mesure que la présence du requin blanc augmente dans les eaux canadiennes, les interactions avec l’être humain sont également susceptibles de devenir plus fréquentes. Bien que les attaques demeurent exceptionnellement rares, une combinaison de facteurs défavorables, comme une faible visibilité, la présence de proies telles que les phoques ou simplement le hasard, pourrait entraîner d’autres incidents dans l’Atlantique canadien et au Québec.
Pêcheries
Aucune. Bien qu’il n’existe aucune pêche dirigée visant le requin blanc au Canada, plusieurs spécimens ont néanmoins été capturés accidentellement depuis le début des relevés au XIXe siècle.
Statut de conservation
La population atlantique du requin blanc est désignée en voie de disparition par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) et est protégée en vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) depuis 2011. Bien que des études récentes et un nombre croissant d’observations suggèrent une augmentation de sa présence dans l’Atlantique canadien à la suite des mesures de conservation, l’espèce demeure considérée comme à risque en raison de son faible taux de reproduction, de sa croissance lente, de sa maturité sexuelle tardive et de sa vulnérabilité persistante aux mortalités d’origine humaine.
À l’échelle mondiale, le requin blanc est classé Vulnérable sur la Liste rouge de l’UICN et Modérément épuisé (Moderately Depleted) selon le cadre du Green Status de l’UICN, ce qui reflète une espèce ayant subi d’importants déclins historiques, mais montrant des signes de rétablissement partiel dans certaines régions.


L’Observatoire des requins du Saint-Laurent (ORS) est un organisme de bienfaisance canadien enregistré (ARC : 834462913RR0001) consacré à la recherche, à la conservation, à l’éducation et à la sensibilisation du public concernant les requins de l’Atlantique canadien et de l’écosystème du Saint-Laurent. L’ORS est établi au Québec, Canada.
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