Voici le plus gros de tous les poissons du Saint-Laurent, le requin pèlerin.

Cetorhinus maximus

Requin pèlerin, squale pèlerin, squale géant, éléphant de mer, poisson à voiles, basking shark (angl.), elephant shark (angl.), bone shark (angl.), nurse fish (angl.), sunfish (angl.), sailfish (angl.), hoe-mother (angl.).

Le requin pèlerin est le deuxième plus grand requin et poisson au monde, et le seul membre de la famille des Cetorhinidae. On le trouve près de la côte dans les eaux septentrionales et tempérées où il est souvent observé en train de se nourrir à la surface. Dans l'est du Canada, il s'étend de façon saisonnière de Terre-Neuve au nord à l'estuaire du Saint-Laurent à l'ouest.

Malgré sa taille énorme, le requin pèlerin ne représente aucune menace pour l'homme puisqu'il se nourrit de plancton. Il s'agit d'un filtreur, qui compte uniquement sur son mouvement vers l'avant et sa large gueule pour capturer le plancton tout en nageant à une vitesse d'environ 2 nœuds (3,7 km/h ; 2,3 mph). On ne sait pas où les spécimens canadiens passent l'hiver, bien que des individus marqués en Nouvelle-Angleterre pendant l'été ont été traqués aussi loin au sud que le Brésil¹. Plusieurs sources historiques affirment que le requin pèlerin hiberne au fond de la mer durant l'hiver, y compris dans le Saint-Laurent. Cette idée a pourtant été démystifiée en 2003 lorsque des scientifiques de la Marine Biological Association (Royaume-Uni) ont découvert que le requin pèlerin se nourrissait en réalité de plancton à des profondeurs allant jusqu'à 900 m pendant la saison froide².

La population de l'Atlantique Nord, y compris les requins individuels qui se rendent dans le Saint-Laurent, est beaucoup plus nombreuse que celle dans le nord-est du Pacifique. Entre autres explications, la population de la Colombie-Britannique a failli être chassée jusqu'à l'extinction au milieu du vingtième siècle, car elle était considérée comme un concurrent pour des pêches lucratives³.

¹ Skomal, Gregory B.; Zeeman, Stephen I.; Chisholm, John H.; Summers, Erin L.; Walsh, Harvey J.; McMahon, Kelton W.; Thorrold, Simon R. 2009. Transequatorial Migrations by Basking Sharks in the Western Atlantic Ocean. Current Biology. 19 (12): 1019–1022.
² Sims, DW; Southall, EJ; Richardson, AJ; Reid, PC; Metcalfe, JD (2003). Seasonal movements and behaviour of basking sharks from archival tagging: no evidence of winter hibernation. Marine Ecology Progress Series. 248: 187–196.
³ Wallace, S., Gisborne, B. 2006. Basking Shark. The Slaughter of BC’s Gentle Giants. New Star Books, 92 p.
Requin pèlerin (Cetorhinus maximus).
Illustration © Jeffrey Gallant | ORS
Requin pèlerin (Carcharodon carcharias) se nourrissant à la surface.

Noms et taxonomie

Noms communs : requin pèlerin, squale pèlerin, squale géant, éléphant de mer, poisson à voiles, basking shark (angl.), elephant shark (angl.), bone shark (angl.), nurse fish (angl.), sunfish (angl.), sailfish (angl.), hoe-mother (angl.).

Ordre : Lamniformes (requins maquereaux)
Family: Cetorhinidae (basking shark)
Genus: Cetorhinus
Espèce (nom scientifique) : Cetorhinus maximus* (Linnaeus, 1758)

Cetorhinus : des mots grecs [ketos] = monstre marin, et [rhinos] = nez.
maximus : latin [grand] = grand.
*monstre marin avec un gros (grand) nez

Taille et description physique

« La première vue claire et entière d'un requin pèlerin est terrifiante. On peut parler avec désinvolture de poissons de vingt, trente, quarante pieds de long, mais jusqu'à ce que l'on regarde un requin pèlerin adulte vivant dans une eau claire, les chiffres n'ont aucun sens et n'impliquent rien. La masse semble tout simplement incroyable. Il n'est pas possible de considérer ce que l'on regarde comme un poisson. Il est plus long qu'un bus londonien ; il n'a pas d'écailles comme les poissons ordinaires ; ses mouvements sont gigantesques, lourds et inhabituels ; cela semble être une créature venant d'un monde préhistorique, dont la première vue est aussi inattendue et à certains égards aussi choquante que le serait celle d'un dinosaure ou d'un iguanodon. »
— Gavin Maxwell, Harpoon Venture, 1952.
¹ Randall, J. E. 1987. Refutation of lengths of 11.3, 9.0, and 6.4 m. attributed to the white shark, Carcharodon carchariasCalifornia Fish and Game, 73 (3): 163–168, figs 1–3.
² Compagno, L., Dando, M., Fowler, S. 2005. Sharks of the World. Collins, 368 p.
³ Uchida, S. Toda, M., Teshima, K., Yano, K. 1996. Pregnant White Sharks and Full-Term Embryos from Japan. In: Klimley, A.P. & Ainley, D. (Eds.) Great White Sharks. The biology of Carcharodon carcharias: 139–155.

Dentition

Bien qu'il soit exclusivement filtreur, le requin pèlerin a des centaines de petites dents dans ses mâchoires supérieure et inférieure. Les dents sont si petites qu'elles ne sont pas apparentes à moins d'être observées à courte distance sur une carcasse. Les dents pourraient aider les embryons de requin pèlerin en gestation à se nourrir des ovules non fécondés de la mère (oophagie) avant de passer à l'alimentation par filtration après la naissance¹.

¹ Martin, R. Aidan. Biology of the Basking Shark (Cetorhinus maximus). ReefQuest Centre for Shark Research.

Distribution

¹ Gore, M. A., Rowat, D., Hall, J., Gell, F. R., & Ormond, R. F. 2008. Transatlantic migration and deep mid-ocean diving by basking shark. Biology letters4(4), 395–398.
Timbre-poste de requin pèlerin publié par Postes Canada en 2018.

Répartition provisoire du requin pèlerin (Cetorhinus maximus) d'après les recherches de l'Observatoire des requins du Saint-Laurent (ORS). Cette carte est régulièrement mise à jour avec des données nouvelles et historiques. Pour soumettre des observations ou des captures supplémentaires, veuillez nous contacter. Cliquez sur les icônes de requin pour les détails de l'observation. Remarque: La carte fonctionne mieux en mode plein écran.

Proies

Le requin pèlerin se nourrit principalement de plancton composé de petits poissons et d'invertébrés. Il peut filtrer jusqu'à 2 000 tonnes courtes (1 800 t) d'eau par heure, en se fiant uniquement sur le flux passif d'eau traversant son pharynx alors qu'il nage à une vitesse d'environ 2 nœuds (3,7 km/h ; 2,3 mph).

L'eau chargée de plancton pénètre dans la bouche grande ouverte du requin où elle est filtrée par les branchiospines situées dans les fentes branchiales.

Reproduction

Le requin pèlerin est ovovivipare. Les embryons se nourrissent d'un sac vitellin et plus tard d'ovules non fécondés (oophagie), en utilisant peut-être leurs dents qui ne sont plus utiles une fois que le requin passe à l'alimentation par filtration¹. La gestation pourrait durer jusqu'à trois ans. Les chiots naissent pleinement développés à 1,5 - 2 mètres (4,9 - 6,6 pieds). La taille de la portée est d'environ 6 petits (une seule femelle gravide a été capturée) tous les 2 à 4 ans. On pense que l'accouplement et la mise bas se produisent en eau peu profonde en été.

¹ Martin, R. Aidan. Biology of the Basking Shark (Cetorhinus maximus). ReefQuest Centre for Shark Research.

Espérance de vie

La durée de vie du requin pèlerin pourrait atteindre jusqu'à 50 ans¹.

¹ Laboratoire canadien de recherche sur les requins de l'Atlantique - Pêches et Océans Canada (MPO)

Attaques

Aucune attaque délibérée sur les humains n'a été attribuée au requin pèlerin. La plupart des incidents connus ont impliqué des humains qui se sont approchés de trop près et ont été touchés par la nageoire caudale (queue) ou sont entrés en contact avec la peau du requin pèlerin. La peau est recouverte de gros denticules dermiques qui ont parfois infligé des blessures à des plongeurs et scientifiques¹.

¹ Florida Museum of Natural History. Discover Sharks - Cetorhinus maximus.

Pêcheries

Le requin pèlerin n'est pas chassé au Canada ni aux États-Unis et de nombreuses pêches dirigées dans le monde ont été fermées. Quelques pêcheries existent encore sur les marchés asiatiques où le requin pèlerin est chassé pour son huile de foie, sa chair, son cartilage et ses ailerons. Un grand nombre est également capturé de façon accessoire (accidentelle) et pour le commerce illégal d'ailerons.

Le requin pèlerin en Colombie-Britannique a été délibérément chassé jusqu'à sa quasi-extinction au XXe siècle par des patrouilleurs du gouvernement ainsi que des pêcheurs, car il était considéré comme un concurrent de certaines pêcheries commerciales.

« Cette année, à partir de quinze jours avant l'ouverture de la saison, il est prévu d'envoyer une expédition punitive contre les requins. Elle sera dirigée par des hommes avec des fusils, et il aura également des bateaux munis d'étraves chaussées d'acier et se déplaçant à bonne vitesse. Ces bateaux vont éperonner et sectionner les requins. La mort peut alors venir aux requins ainsi attaqués. On s'attend à ce que le sang des requins abattus en chasse d'autres comme cela a été fait dans le passé.
— The Province, February 3, 1943, p. 25.

Statut

La population atlantique du requin pèlerin est répertoriée comme préoccupante par le COSEPAC (Comité sur la situation des espèces en péril au Canada).