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COMMUNIQUÉ DE PRESSE

13 AOÛT 2025 | POUR DIFFUSION IMMÉDIATE

Incident impliquant un pagayeur en planche à pagaie et un requin blanc

Cet incident, une première du genre au Canada, n’a fait aucun blessé.

Note éditoriale : Le présent communiqué fait suite à celui diffusé le 11 août. Une fois de plus, son objectif n’est pas de sonner l’alarme, mais de sensibiliser le public à la présence du requin blanc au moyen d’un message de précaution fondé sur des observations scientifiques plutôt que sur l’exagération, la peur ou le sensationnalisme. Cette démarche est entreprise volontairement par l’Observatoire des requins du Saint-Laurent (ORS), par souci de sécurité et d’information du public, et non par obligation, en réponse aux nombreuses demandes des médias et de citoyens préoccupés, ainsi qu’en l’absence de toute communication officielle des autorités gouvernementales. Toute couverture médiatique du présent communiqué, en particulier les manchettes, devrait refléter fidèlement sa portée préventive et éviter toute formulation susceptible de susciter une peur injustifiée ou de créer de la confusion. Ce communiqué vise également à offrir un contrepoids scientifique aux distorsions circulant sur les réseaux sociaux, aux canulars générés par l’intelligence artificielle, aux généralisations excessives véhiculées par certains influenceurs ainsi qu’à la désinformation de manière générale. Les médias sont autorisés à reproduire intégralement le contenu du présent texte, y compris les commentaires personnels du directeur scientifique de l’Observatoire des requins du Saint-Laurent.

⚠ CONTACT MÉDIAS : Aucune entrevue ne sera accordée relativement au présent communiqué. Les médias sont autorisés à reproduire intégralement le contenu de ce texte, y compris les commentaires personnels du directeur scientifique de l’Observatoire des requins du Saint-Laurent.

Liverpool, Nouvelle-Écosse, le 13 août 2025

À peine un jour après la publication de notre avis de précaution du 11 août concernant l’augmentation des observations de requins blancs dans le golfe du Saint-Laurent, communiqué transmis en primeur à un média des Îles-de-la-Madeleine le 4 août, un pagayeur en planche à pagaie a eu une rencontre directe avec un requin blanc (Carcharodon carcharias) au large de Cherry Hill Beach, en Nouvelle-Écosse (44.140600, -64.510088).

Les marques de dents observées sur la planche à pagaie (SUP) sont caractéristiques d’un jeune requin blanc. Heureusement, le pagayeur n’a subi aucune blessure. Bien qu’il ait été projeté à l’eau, il est parvenu à remonter sur sa planche et à repousser le requin, qui y était toujours agrippé. En frappant l’animal avec sa pagaie, il s’est finalement dégagé, s’en tirant avec une bonne frayeur et une planche endommagée.

Afin d’éviter la propagation de fausses informations, les détails de l’incident du 12 août seront ajoutés au Registre canadien des attaques de requins à la suite d’une analyse rigoureuse des témoignages et des données disponibles. Bien que l’enquête soit toujours en cours, cet événement correspond exactement à l’hypothèse que nous avions formulée lundi dernier, une hypothèse qui prend aujourd’hui des allures de prédiction.

L’Observatoire des requins du Saint-Laurent (ORS), qui publie également le Registre, souligne qu’il s’agit du premier incident connu impliquant un utilisateur de planche à pagaie au Canada et seulement du deuxième cas documenté de confrontation directe avec un usager récréatif du milieu aquatique au pays [1].

L’autre incident, survenu en août 2021 dans le golfe du Saint-Laurent au large de l’île du Cap-Breton, concernait un nageur ayant subi une morsure ou une lacération à la cuisse, alors qu’une nageoire dorsale avait été observée à proximité avant et après l’événement. Toutefois, cet incident, auquel la personne a également survécu, n’a pas encore pu être officiellement confirmé en l’absence d’un témoignage direct de la victime.

Comme nous l’avons déjà souligné, une rencontre accidentelle avec un requin blanc nécessite la conjonction de plusieurs facteurs particuliers et relève souvent du simple fait de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Dans le cas présent, un scénario plausible est que l’animal ne faisait que traverser la région en route vers une zone de chasse saisonnière.

Une fois de plus, nous croyons essentiel de replacer les événements récents dans leur contexte afin de mieux évaluer la notion de risque. En Australie, par exemple, où un nombre beaucoup plus élevé de personnes fréquentent régulièrement l’océan, on recense au cours de la dernière décennie une moyenne d’environ vingt incidents causant des blessures par année, dont environ 2,8 sont mortels [2]. Il faut toutefois rappeler qu’on y retrouve également davantage d’espèces considérées comme dangereuses pour l’être humain, ce qui augmente le risque global.

À l’inverse, l’immensité de l’habitat disponible pour le requin blanc dans les eaux de l’Atlantique canadien, particulièrement dans le golfe du Saint-Laurent, la plus faible densité humaine le long des côtes ainsi que l’isolement relatif des colonies de phoques réduisent considérablement la probabilité d’une rencontre fortuite. De plus, le requin blanc est la seule espèce présentant un risque significatif pour l’être humain dans le golfe et l’Atlantique canadien, ce qui limite encore davantage la probabilité d’un incident. Cela dit, ce risque demeure bien réel, comme nous l’a rappelé l’événement d’hier.

Commentaire

« Dans les années 1990, j’ai passé cinq étés comme instructeur de plongée sous-marine et effectué des centaines de plongées dans la région de Lunenburg, en Nouvelle-Écosse. Notre activité préférée consistait à plonger en plein cœur d’une colonie de phoques, où plongeurs et animaux se côtoyaient sans incident, saison après saison. À l’époque, évoquer la possibilité de rencontrer un requin, et plus particulièrement un requin blanc, provoquait immédiatement des rires rassurants. Nous savions que l’espèce avait été signalée à de rares occasions à l’extrémité sud de la baie de Fundy, au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse, mais rarement aussi loin que Lunenburg. Croiser un requin blanc était donc la dernière chose qui nous passait par la tête.

Aujourd’hui, la région de Lunenburg abrite une station de recherche sur le requin blanc aux îles Tancook (Tancook Islands Marine Field Station) et constitue désormais l’endroit le plus actif au pays pour le marquage de cette espèce. Je ne plongerais plus aujourd’hui sur notre ancien site fréquenté par les phoques, non pas parce que les plongeurs sont devenus des cibles, mais parce que le retour du requin blanc, autrefois inimaginable, change complètement la donne. À mes yeux, le risque d’un incident y est désormais trop élevé.

Et pourtant, je passe encore chaque année une partie de mes vacances en famille à White Point, à seulement 25 minutes de l’endroit où est survenu l’incident d’hier. L’endroit ressemble à Cherry Hill Beach, avec ses surfeurs, ses adeptes de la planche à pagaie et ses baigneurs partageant l’eau avec quelques phoques et, possiblement, un requin blanc. Personnellement, je n’hésite aucunement à m’y baigner ou à y faire de longues séances de bodysurf. Je suis parfaitement conscient que des requins patrouillent le littoral et j’y pense souvent lorsque je suis dans l’eau, mais cela ne m’empêche jamais d’en profiter. Comme il n’y a pas suffisamment de proies naturelles pour en faire un secteur de rassemblement permanent pour les requins, j’y entre avec confiance, tout en demeurant vigilant, peut-être à l’image du pagayeur impliqué dans l’incident d’hier.

Cette transformation, observée en moins d’une décennie, donne un aperçu de ce qui nous attend à mesure que la population de requins blancs continue de croître dans le golfe du Saint-Laurent. »

— Jeffrey Hay Gallant, directeur scientifique de l’ORS

Si la population de requins blancs continue de croître, il ne sera qu’une question de temps avant qu’un incident semblable ne survienne dans le golfe du Saint-Laurent. Nous croyons donc essentiel d’adopter une approche proactive fondée sur l’adaptation et la diffusion de connaissances de base sur le comportement des requins afin de continuer à profiter de la mer de façon sécuritaire et agréable.

Éviter les grands rassemblements de phoques, particulièrement lorsqu’ils demeurent près du rivage (ce qui peut indiquer la présence d’un prédateur), éviter les eaux troubles, plonger avec des opérateurs locaux familiers avec les conditions et se tenir informé des signalements de requins sont autant de mesures susceptibles de réduire considérablement les risques.

De la même façon, les nageurs et les adeptes de la planche à pagaie devraient demeurer attentifs à la présence de phoques et éviter les secteurs où ceux-ci sont concentrés.

Conclusion

Le golfe du Saint-Laurent et le Québec n’échapperont pas au retour du requin blanc dans l’Atlantique canadien. En réalité, ce retour vers un état que le Saint-Laurent a probablement déjà connu est déjà bien amorcé.

Comme dans d’autres régions du monde où de telles interactions font partie de la réalité depuis des décennies, et depuis bien plus longtemps encore chez les peuples autochtones du golfe, il est tout à fait possible de coexister en toute sécurité avec cet acteur clé de l’écosystème marin en adoptant des comportements prudents et éclairés.

Pour obtenir davantage d’information, de contexte ou consulter les recommandations destinées aux plongeurs, nageurs et autres usagers du milieu marin, veuillez visiter le Registre canadien des attaques de requins. Les détails de l’incident du 12 août y seront également ajoutés sous peu, après une analyse approfondie des données disponibles.

Rappel sur la protection légale de l’espèce et les comportements responsables

Bien que le retour du requin blanc incite déjà certains plongeurs et autres usagers du milieu marin à faire preuve de prudence dans certains secteurs, il pourrait également encourager des amateurs de sensations fortes à rechercher ce redoutable prédateur, mus par la curiosité, la quête d’images spectaculaires ou l’attention médiatique.

Il est donc important de rappeler que le requin blanc est une espèce protégée en vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) du Canada [3]. À ce titre, il est strictement interdit de le harceler, notamment en l’approchant intentionnellement à la surface, ce qui pourrait perturber une scène de prédation ou entraîner des blessures, en le survolant à l’aide d’un drone, en l’attirant avec des appâts ou encore en tentant d’effectuer une plongée en cage sans détenir un permis délivré par Pêches et Océans Canada (MPO).

Nous recommandons également aux plaisanciers, en particulier à ceux qui naviguent à bord d’embarcations légères ou pneumatiques, de maintenir une distance minimale de 10 mètres de toute activité en surface impliquant un requin blanc, surtout lorsqu’il est en train de se nourrir d’un phoque ou d’une autre carcasse, comme ce fut le cas à Gaspé le 31 juillet. Un requin blanc engagé dans une scène de prédation peut adopter un comportement énergique et imprévisible et, dans de rares circonstances, heurter une embarcation ou mordre accidentellement un flotteur ou un moteur par curiosité ou méprise. Une telle situation pourrait avoir des conséquences graves, notamment une perte d’équilibre ou le dégonflement d’une embarcation pneumatique.

⚠ Aucune entrevue sur ce sujet

Veuillez noter que l’ORS n’accordera aucune entrevue concernant cette observation.

Comme indiqué dans ses avis et communiqués précédents, l’organisation ne participe plus à des entrevues en direct portant sur les requins blancs en raison des interprétations erronées, du sensationnalisme et des déformations qui accompagnent trop souvent la couverture médiatique de cette espèce. L’ORS privilégiera désormais les communications écrites, les publications scientifiques, les documents d’information et les communiqués officiels afin de garantir la clarté, la précision et l’exactitude des informations diffusées.

Compte tenu de la sensibilité des enjeux de sécurité publique liés aux grands prédateurs marins, les entrevues verbales et les commentaires improvisés comportent également un risque important que certains propos soient simplifiés à l’excès, cités hors contexte ou interprétés d’une manière qui ne reflète pas fidèlement la position de l’ORS. En plus d’alimenter la désinformation et un sensationnalisme inutile, de telles déformations peuvent également avoir des implications juridiques et éthiques dans des questions touchant à la sécurité du public. Les communications écrites constituent donc le seul format par lequel l’ORS entend désormais s’exprimer publiquement sur ce sujet.

L’ORS continuera de suivre l’évolution de la situation et diffusera, au besoin, toute nouvelle information factuelle pertinente.

Jeffrey Gallant, M. Sc.
Fondateur et directeur scientifique
Observatoire des requins du Saint-Laurent

À propos de l’Observatoire

L’Observatoire des requins du Saint-Laurent (ORS), officiellement fondé en 2003 sous le nom de Groupe d’étude sur les élasmobranches et le requin du Groenland (GEERG), est le premier organisme de recherche indépendant et organisme de bienfaisance enregistré au Canada consacré aux requins. Entièrement géré par des bénévoles, l’ORS se consacre à l’étude, à la sensibilisation et à la conservation des requins fréquentant le golfe et l’estuaire du Saint-Laurent. En 2025, l’organisation a fièrement souligné le 25e anniversaire de sa première expédition sur le terrain, marquant un quart de siècle d’engagement envers la recherche et la conservation des requins dans le Saint-Laurent et l’Atlantique canadien.

Au fil de son histoire, l’ORS a réalisé plusieurs premières au Canada, et même à l’échelle internationale, notamment grâce à ses travaux pionniers sur le requin du Groenland. En 2022, l’organisation a également fondé le Registre canadien des attaques de requins, la première initiative du genre au pays consacrée à la documentation des interactions entre les requins et les êtres humains dans les eaux canadiennes.

Grâce à des recherches novatrices et non invasives combinant science de terrain et analyses d’archives historiques, l’ORS cherche à mieux comprendre les requins, tant d’hier qu’aujourd’hui, tout en diffusant une information rigoureuse fondée sur les données scientifiques et affranchie du sensationnalisme et de la désinformation. En parallèle de ses activités de recherche et de conservation, l’organisation mène également d’importantes initiatives d’éducation et de sensibilisation du public, en particulier auprès des jeunes, qu’elle considère comme les futurs gardiens des requins et des océans.

Pour en savoir davantage sur l’histoire, la mission, les projets de recherche et l’équipe de l’Observatoire des requins du Saint-Laurent, veuillez consulter la page À propos de l’organisation.

RÉFÉRENCES

(1) Nous avons vu des photographies de la planche endommagée, mais nous ne détenons pas les droits nécessaires pour les diffuser.
(2) Australian Shark Incident Database : https://taronga.org.au/conservation-and-science/australian-shark-incident-database
(3) https://publications.gc.ca/collections/collection_2022/eccc/CW69-14-507-2021-eng.pdf

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Requin blanc échoué près du parc national de
Kouchibouguac, Nouveau-Brunswick
Assisté par l’IA © ORS | Tous droits réservés

“La peur et l'indifférence

mordent plus profondément
que tout requin.”

Aidez-nous à protéger les
requins du Saint-Laurent

— Jeffrey Hay Gallant, ORS

L’Observatoire des requins du Saint-Laurent est
un organisme de bienfaisance enregistré :
Agence du revenu du Canada no 834462913RR0001

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L’Observatoire des requins du Saint-Laurent (ORS) est un organisme de bienfaisance canadien enregistré (ARC : 834462913RR0001) consacré à la recherche, à la conservation, à l’éducation et à la sensibilisation du public concernant les requins de l’Atlantique canadien et de l’écosystème du Saint-Laurent. L’ORS est établi au Québec, Canada.

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