CSAR_LogoORS logo

Les requins, les phoques et les humains partagent souvent les mêmes eaux. Comprendre
ces interactions est essentiel pour réduire les risques et favoriser la coexistence.
Image assistée par IA © ORS | Tous droits réservés

CSAR_LogoORS logo

Les requins, les phoques et les humains partagent souvent les mêmes eaux. Comprendre
ces interactions est essentiel pour réduire les risques et favoriser la coexistence.
Image assistée par IA © ORS | Tous droits réservés

Comprendre les interactions entre les requins et les humains au Canada

Contexte scientifique, analyse rigoureuse des incidents, interprétation comportementale, évaluation des risques et recommandations pratiques de sécurité pour les eaux canadiennes.

RCAR

Comprendre les interactions entre les requins et les humains au Canada

* Incidents confirmés, plausibles, non confirmés et
discrédités recensés dans les archives historiques.
† Registre canadien des attaques de requins

Contexte scientifique, analyse rigoureuse des incidents, interprétation comportementale, évaluation des risques et recommandations pratiques de sécurité pour les eaux canadiennes.

CSAR

PUBLIÉ PAR

 EN COMPLÉMENT DU

DERNIÈRE MISE À JOUR

25.06.2026

À PROPOS DE CETTE PUBLICATION

Comprendre les interactions entre les requins et les humains au Canada fournit le contexte scientifique nécessaire à l’interprétation des incidents impliquant des requins dans les eaux canadiennes, notamment en ce qui concerne le comportement des requins, la classification des incidents, l’évaluation des risques, les données historiques et les recommandations pratiques visant à réduire la probabilité d’interactions négatives.

Les évaluations détaillées des incidents individuels ne sont pas incluses dans cette publication. Les analyses complètes des cas historiques et contemporains, de même que les éléments de preuve et les classifications qui les appuient, sont présentés séparément dans le Registre canadien des attaques de requins.

Comprendre les interactions entre les requins et les humains au Canada

Version 2.0 © 2026 Observatoire des requins du Saint-Laurent (ORS). Tous droits réservés.

Auteur : Jeffrey Hay Gallant, M. Sc., chercheur doctorant (UQAM)
Affiliation : Observatoire des requins du Saint-Laurent (ORS)
Première publication : 2022
Édition actuelle : Juin 2026
Dernière mise à jour : 25 juin 2026

Citation et utilisation de cette ressource

Le Registre canadien des attaques de requins est le fruit d’un travail continu de recherche historique et d’évaluation scientifique mené par l’Observatoire des requins du Saint-Laurent (ORS). La compilation et l’analyse de ces dossiers nécessitent souvent la localisation et l’interprétation de sources rares ou difficiles d’accès, notamment des journaux historiques, des documents gouvernementaux, des publications scientifiques, des archives et des témoignages couvrant plus de trois siècles. Plusieurs documents originaux n’existent qu’en français ou en anglais, tandis que certaines des sources les plus anciennes sont rédigées dans des formes archaïques de ces langues, ce qui exige une interprétation rigoureuse et une analyse contextualisée.

Les chercheurs, éducateurs, journalistes, étudiants et autres utilisateurs sont encouragés à citer cette publication lorsqu’ils utilisent des informations, des données, des analyses ou des interprétations originales qu’elle contient. Une attribution appropriée reconnaît le travail nécessaire à la compilation et à l’évaluation critique de ces dossiers, permet aux lecteurs de consulter la source originale et contribue au maintien ainsi qu’au développement continu de cette ressource scientifique librement accessible.

Citation recommandée :
Gallant, J. H. (2026b). Comprendre les interactions entre les requins et les humains au Canada. Observatoire des requins du Saint-Laurent. https://www.requins.ca/comprendre-interactions-requins-humains

Citation dans le texte :
(Gallant, 2026b)

Note : Bien que l’acronyme français du Registre soit RCAR, les identifiants de dossiers conservent le préfixe CSAR dans les deux langues afin d’assurer la cohérence, la stabilité et la traçabilité des références, des citations et des liens associés aux dossiers individuels. Ainsi, un incident cité sous la forme CSAR-0017 demeure identique dans les versions française et anglaise du Registre ainsi que dans les publications qui s’y rapportent.

Avis aux journalistes et créateurs de contenu

Conformément à sa politique de communication avec les médias, l’Observatoire des requins du Saint-Laurent (ORS) ne participe pas à des entrevues en direct portant sur les incidents impliquant des requins ou sur le Registre canadien des attaques de requins.

Les journalistes, réalisateurs de documentaires, enseignants et autres créateurs de contenu sont invités à consulter le Registre canadien des attaques de requins ainsi que Comprendre les interactions entre les requins et les humains au Canada, qui présentent ensemble le contexte scientifique, la terminologie, le contexte historique, la méthodologie d’évaluation, les classifications d’incidents et les recommandations pratiques en matière de sécurité élaborés par l’ORS.

Cette approche fondée sur des communications écrites contribue à assurer l’exactitude et la cohérence de l’information tout en réduisant les risques de citations sorties de leur contexte, de simplifications excessives ou de traitement sensationnaliste. Les demandes nécessitant des précisions peuvent être adressées par écrit ou faire l’objet de mises à jour ultérieures publiées par l’intermédiaire des canaux de communication officiels de l’ORS.

Ressource scientifique évolutive

Le Registre canadien des attaques de requins et ses publications complémentaires constituent des ressources scientifiques évolutives. Les interprétations historiques, les classifications d’incidents, les évaluations comportementales, les identifications d’espèces et d’autres conclusions peuvent être révisées à mesure que de nouvelles données deviennent disponibles. Par conséquent, les évaluations et interprétations présentées dans ces publications représentent l’état actuel des connaissances fondé sur les meilleures données disponibles au moment de leur publication et ne doivent pas être considérées comme des faits historiques immuables.

Afin de garantir l’accès à l’information la plus récente, aux corrections et aux mises à jour des dossiers, ces ressources sont maintenues sous forme numérique et ne sont actuellement pas offertes en version imprimée.

Préface

Les requins, les phoques et les humains partagent les eaux canadiennes depuis des milliers d’années. Bien que les interactions négatives documentées demeurent exceptionnellement rares, les requins continuent de susciter fascination, crainte et incompréhension. Les perceptions du public sont souvent façonnées par les médias sensationnalistes, le folklore et la culture populaire plutôt que par les données scientifiques, créant ainsi un écart entre le risque perçu et le risque réel.

Comprendre les interactions entre les requins et les humains au Canada a été élaboré par l’Observatoire des requins du Saint-Laurent (ORS) afin de fournir le contexte scientifique nécessaire à une meilleure compréhension de ces rencontres. S’appuyant sur les archives historiques, la recherche contemporaine, l’écologie comportementale et l’analyse des incidents, cette publication examine pourquoi certaines interactions surviennent, comment le risque peut être évalué et quelles mesures pratiques permettent d’en réduire davantage la probabilité.

L’objectif de cette publication n’est ni d’exagérer ni de minimiser les risques associés aux requins. Elle vise plutôt à les replacer dans un cadre fondé sur les données probantes tout en reconnaissant le rôle écologique essentiel que jouent les requins dans les écosystèmes marins. Comprendre comment et pourquoi ces interactions se produisent favorise à la fois la sécurité du public et la conservation des requins.

Ce document doit être considéré comme une ressource évolutive. À mesure que de nouvelles recherches, découvertes historiques et connaissances scientifiques deviennent disponibles, certaines interprétations ou recommandations pourront être révisées. L’ORS demeure engagé à promouvoir une compréhension équilibrée, transparente et scientifiquement rigoureuse des requins et de leurs interactions avec les humains dans les eaux canadiennes.

Mission & objectifs

Le Registre canadien des attaques de requins (RCAR) a été créé par l’Observatoire des requins du Saint-Laurent (ORS) afin de documenter, préserver et évaluer de façon critique les incidents impliquant des requins signalés dans les eaux canadiennes. Son objectif n’est pas simplement de répertorier des événements, mais de les analyser selon des critères d’évaluation transparents et cohérents fondés sur la recherche historique et les connaissances scientifiques actuelles sur les requins.

Le registre constitue une ressource scientifique destinée à améliorer la compréhension des circonstances dans lesquelles surviennent les incidents impliquant des requins, tout en reconnaissant que certaines interprétations peuvent évoluer à mesure que de nouvelles données deviennent disponibles.

Le Registre canadien des attaques de requins poursuit quatre objectifs principaux :

1. Documenter l’histoire des interactions entre les humains et les requins au Canada

Compiler et préserver les dossiers historiques et contemporains des incidents impliquant des requins dans les eaux canadiennes, y compris les morsures, les comportements de poursuite, les interactions défensives, les cas de charognage, les collisions avec des embarcations, les dommages causés à l’équipement et tout autre événement présentant un intérêt historique ou scientifique.

2. Évaluer les données probantes

Analyser chaque incident signalé à la lumière des meilleures données historiques, archéologiques, documentaires, biologiques et scientifiques disponibles. Lorsque cela est possible, le registre cherche à distinguer les faits documentés de la spéculation, du folklore, des erreurs d’identification et des embellissements apparus au fil du temps, tout en reconnaissant explicitement les incertitudes lorsqu’elles existent.

3. Favoriser la compréhension du public et la réduction des risques

Fournir une information exacte et équilibrée sur le comportement des requins, leur écologie et les circonstances dans lesquelles des interactions négatives peuvent survenir. En privilégiant une compréhension fondée sur les données probantes plutôt que sur le sensationnalisme ou la banalisation, le registre contribue à une prise de décision éclairée et à une réduction responsable des risques.

4. Soutenir la conservation des requins par l’éducation

Favoriser une meilleure compréhension des requins en tant que prédateurs écologiquement importants dont la conservation est compatible avec des initiatives de sécurité publique fondées sur les connaissances scientifiques. En remplaçant les mythes et les idées fausses par une information rigoureuse, le registre encourage la coexistence entre les humains et les requins.

Philosophie éditoriale

Le Registre canadien des attaques de requins n’a pas pour vocation d’exagérer ni de minimiser les risques associés aux requins. Son objectif est de comprendre et de documenter les interactions entre les humains et les requins avec le plus de rigueur et d’objectivité possible, à la lumière des données probantes disponibles, tout en reconnaissant que la sécurité publique fondée sur les connaissances scientifiques et la conservation efficace des requins sont des objectifs complémentaires plutôt que concurrents.

Portée et critères d’inclusion

Le Registre canadien des attaques de requins n’a pas pour vocation de constituer un inventaire de toutes les observations ou rencontres de requins signalées dans les eaux canadiennes. Son objectif est plutôt de documenter les incidents présentant un intérêt historique ou scientifique, impliquant un contact physique, causant des blessures ou des dommages, ou contribuant de façon significative à la compréhension du comportement des requins et du risque qu’ils représentent au Canada.

À mesure que certaines populations de requins se rétablissent et que les observations deviennent plus fréquentes, particulièrement dans l’Atlantique canadien, de nombreuses rencontres ne répondent pas à ces critères. Les requins blancs sont désormais observés régulièrement par les pêcheurs, plaisanciers, surfeurs, plongeurs et chercheurs, et la grande majorité de ces observations ne comportent ni blessure, ni contact physique, ni comportement inhabituel.

Par conséquent, le registre ne cherche pas à documenter chaque signalement ou approche rapprochée. L’inclusion est généralement réservée aux incidents ayant entraîné des blessures, des décès, un contact physique, des dommages matériels, un comportement investigateur particulièrement persistant, ou présentant une importance historique, scientifique ou liée à la sécurité publique.

Certains incidents sont conservés en raison de leur valeur historique et scientifique. Par exemple, la rencontre avec un requin du Groenland à Baie-Comeau en 2004 (CSAR-0020) et celle impliquant un requin blanc à Chebucto Head en 2021 (CSAR-0026) comptent parmi les premiers cas canadiens bien documentés où des requins semblaient activement investiguer ou approcher à plusieurs reprises des plongeurs sans établir de contact physique. À l’époque, ce type d’observation était exceptionnellement rare et a fourni des renseignements précieux sur le comportement des requins dans les eaux canadiennes.

Depuis, des rencontres similaires ont été observées plus fréquemment. En conséquence, les nouvelles interactions avec des plongeurs ne sont généralement pas incluses dans le registre à moins qu’elles n’impliquent un contact physique, une blessure, des dommages à l’équipement, un comportement particulièrement persistant ou d’autres circonstances présentant un intérêt scientifique, historique ou sécuritaire important.

Le registre met donc l’accent sur les incidents plutôt que sur les observations courantes et ne doit pas être interprété comme une base de données exhaustive de toutes les observations de requins signalées au Canada.

Méthodologie

Le Registre canadien des attaques de requins (CSAR) applique une approche systématique, multidisciplinaire et fondée sur les données probantes pour l’évaluation des incidents impliquant des requins signalés dans les eaux canadiennes. Chaque cas est analysé individuellement à partir de l’ensemble des informations disponibles et interprété à la lumière des connaissances historiques et scientifiques actuelles.

Le registre intègre des méthodes et des données issues de l’histoire, de l’archéologie, de l’ethnohistoire, de la biologie marine, de l’écologie et des sciences du comportement afin de déterminer, lorsque cela est possible :

  • si l’événement rapporté s’est vraisemblablement produit ;
  • la fiabilité et la qualité des données disponibles ;
  • l’espèce de requin la plus probable ;
  • l’interprétation comportementale la plus plausible ;
  • le degré de confiance associé à chacune de ces conclusions.

Comme la certitude historique n’est pas toujours atteignable, le registre privilégie la transparence plutôt que la spéculation et reconnaît explicitement les incertitudes lorsqu’elles existent.

Sources de données

L’évaluation des cas peut s’appuyer sur une ou plusieurs des sources suivantes :

  • articles de journaux contemporains ;
  • dossiers gouvernementaux et halieutiques ;
  • rapports de coroners et documents juridiques ;
  • collections muséales et archives ;
  • publications scientifiques ;
  • ouvrages historiques, revues et mémoires ;
  • témoignages de témoins ;
  • photographies et enregistrements vidéo ;
  • éléments de preuve matériels, notamment des embarcations ou équipements endommagés, ou encore des dents de requin récupérées ;
  • données archéologiques ;
  • traditions orales et récits historiques autochtones. [3–5, 12]

Dans la mesure du possible, la priorité est accordée aux sources primaires et aux documents corroborés de manière indépendante. Les sources secondaires sont examinées de façon critique et ne sont pas acceptées simplement parce qu’elles ont été largement reprises dans la littérature.

Évaluation biologique

Les descriptions historiques et les rapports contemporains sont interprétés à la lumière des connaissances actuelles sur la taxonomie, la répartition, la morphologie, l’écologie et le comportement des requins. [6, 7]

Les facteurs pris en considération pour l’identification de l’espèce peuvent inclure :

  • la localisation géographique ;
  • la saison ;
  • l’habitat ;
  • la taille rapportée de l’animal ;
  • la dentition ;
  • le comportement alimentaire ;
  • les caractéristiques de l’interaction ;
  • les types de dommages observés ;
  • la disponibilité des proies ;
  • la présence documentée des espèces candidates dans la région.

Lorsque les données disponibles sont insuffisantes pour permettre une identification fiable, l’espèce est classée comme présumée ou inconnue, plutôt que d’être attribuée avec un degré de certitude injustifié.

Évaluation comportementale

Lorsque cela est possible, les incidents sont également évalués sous l’angle comportemental.

Les interprétations envisagées peuvent inclure :

  • un comportement de prédation ;
  • un comportement investigateur ou exploratoire ;
  • une réponse défensive ;
  • un comportement territorial ;
  • une compétition pour une ressource alimentaire ;
  • le charognage ;
  • un contact accidentel dans des conditions environnementales défavorables. [7–9]

Comme les motivations des animaux sauvages ne peuvent généralement pas être déterminées avec certitude, les interprétations comportementales représentent l’explication la plus plausible appuyée par les données disponibles et les connaissances scientifiques actuelles.

Classification des cas

Chaque incident se voit attribuer un statut reflétant la force des données disponibles.

Confirmé – Appuyé par des preuves documentaires, matérielles, photographiques ou testimoniales fiables.

Plausible – Compatible avec les données disponibles, mais ne disposant pas d’éléments suffisants pour permettre une confirmation.

Non confirmé – Signalé, mais appuyé par des données insuffisantes pour permettre une évaluation fiable.

Réfuté – Incompatible avec les données historiques ou scientifiques disponibles, ou démontrablement attribuable au folklore, à une erreur d’identification, à un doublon, à une exagération ou à un embellissement ultérieur.

De même, l’espèce impliquée peut être classée comme confirmée, présumée ou inconnue selon la qualité des données disponibles.

Connaissances autochtones

Le registre reconnaît les connaissances autochtones comme une source importante d’information historique et écologique. Les traditions orales et les récits historiques préservés par les Premières Nations peuvent fournir des renseignements précieux sur les relations à long terme entre les humains et les requins et sont considérés aux côtés des données archéologiques, des documents historiques et des connaissances scientifiques contemporaines. [3–5, 12]

Comme toutes les autres sources d’information, les connaissances autochtones sont évaluées dans leur contexte historique et culturel selon des critères d’analyse transparents et cohérents.

Révision scientifique

Le Registre canadien des attaques de requins est une ressource scientifique évolutive. De nouvelles découvertes archivistiques, des recherches archéologiques, des observations vérifiées ou des avancées dans les sciences des requins peuvent justifier la révision des évaluations, classifications ou interprétations associées à certains cas.

Principe directeur :

Chaque incident inclus dans le Registre canadien des attaques de requins est évalué selon ses propres mérites. Aucun cas n’est accepté simplement parce qu’il a été largement repris au fil du temps, pas plus qu’il n’est rejeté uniquement parce qu’il provient d’une tradition orale ou d’une source historique ancienne. L’objectif du registre n’est pas d’atteindre la certitude dans tous les cas, mais de fournir l’évaluation la plus rigoureuse, transparente et fidèle possible à la lumière des données probantes disponibles.

Limites des sources historiques

L’interprétation des incidents historiques impliquant des requins présente des défis rarement rencontrés dans les enquêtes contemporaines. De nombreux événements rapportés se sont produits il y a plusieurs décennies, voire plusieurs siècles, et ne sont connus qu’au travers de documents d’archives fragmentaires, d’articles de journaux, de récits missionnaires, de mémoires, de traditions orales ou d’ouvrages publiés longtemps après les faits allégués. Dans bien des cas, les preuves matérielles n’existent plus, les témoins ne peuvent être interrogés et la documentation contemporaine est incomplète, voire totalement absente.

Par conséquent, le Registre canadien des attaques de requins (RCAR) ne présume pas que chaque récit historique est exact. Chaque cas est plutôt évalué à la lumière des meilleures données disponibles, en tenant compte de la fiabilité de la source, du contexte historique dans lequel elle a été produite et de sa cohérence avec les connaissances actuelles en histoire ainsi qu’avec les connaissances scientifiques sur la biologie, l’écologie et le comportement des requins.

Plusieurs facteurs peuvent compliquer l’interprétation des récits historiques :

  • Perte des documents originaux : les dossiers de première main peuvent avoir été détruits, égarés ou n’avoir jamais existé, ne laissant subsister que des résumés ultérieurs ou des récits de seconde main.
  • Transmission et embellissement des récits : les histoires reprises dans plusieurs publications ou transmises par tradition orale peuvent acquérir de nouveaux détails au fil du temps, rendant difficile la distinction entre les faits historiques et les interprétations ultérieures.
  • Incertitudes linguistiques et de traduction : de nombreuses sources anciennes ont été rédigées en français, en anglais, en latin, en mi’kmaq, en innu-aimun ou dans d’autres langues, puis traduites à plusieurs reprises. Des modifications de formulation ou de sens peuvent influencer l’interprétation de passages importants. [3, 5]
  • Nomenclature historique : des termes tels que marache, maraîche, monstre marin ou simplement poisson n’étaient pas toujours employés de façon uniforme et pouvaient désigner des espèces différentes selon l’auteur, la région ou l’époque. [2, 5]
  • Évolution des connaissances scientifiques : notre compréhension de la taxonomie, de la répartition, de l’écologie et du comportement des requins a considérablement progressé depuis la rédaction de nombreuses sources historiques. Les observateurs de l’époque ne disposaient souvent pas des connaissances nécessaires pour identifier correctement les espèces. [6, 7]
  • Biais d’observation et contexte culturel : missionnaires, explorateurs, journalistes et voyageurs interprétaient inévitablement les événements à travers les perspectives culturelles et les conventions littéraires de leur époque. Certains récits peuvent ainsi contenir des exagérations, des éléments symboliques ou folkloriques plutôt que des observations objectives.
  • Interprétation rétrospective : les tentatives modernes visant à identifier une espèce de requin ou à déduire la motivation comportementale d’un animal à partir d’une description historique impliquent nécessairement une part d’interprétation et ne doivent pas être considérées comme des conclusions définitives.

Pour ces raisons, le registre adopte une approche prudente et fondée sur les données probantes. Aucun cas n’est accepté ou rejeté uniquement en fonction de sa source. Les données archéologiques, les connaissances autochtones, les archives, les publications historiques, les preuves matérielles, les témoignages, les informations écologiques et les connaissances scientifiques contemporaines sont examinées collectivement avant qu’une conclusion ne soit formulée. [3–7, 12]

Les lecteurs doivent donc reconnaître que le degré de confiance associé aux différents cas varie considérablement. Certains incidents sont appuyés par des documents contemporains, des preuves matérielles ou plusieurs sources indépendantes, tandis que d’autres reposent sur un seul récit historique ou demeurent impossibles à vérifier. Conformément à la démarche scientifique, le registre reconnaît ouvertement ces incertitudes et peut réviser certaines évaluations à mesure que de nouvelles données deviennent disponibles.

Principe directeur :

L’absence d’éléments corroborants ne doit pas automatiquement être interprétée comme une preuve qu’un événement ne s’est pas produit. À l’inverse, les affirmations reposant sur des circonstances inhabituelles ou exceptionnelles exigent des données probantes proportionnellement solides avant de pouvoir être acceptées comme des faits historiques.

Pourquoi un registre ?

Le Registre canadien des attaques de requins (RCAR) a été créé par l’Observatoire des requins du Saint-Laurent (ORS) à la suite d’une série d’incidents confirmés et présumés impliquant des requins blancs en Nouvelle-Écosse, y compris dans le golfe du Saint-Laurent, en 2021. Depuis, d’autres rencontres impliquant des nageurs, surfeurs, adeptes de la planche à pagaie, plongeurs et embarcations continuent d’être signalées dans l’Atlantique canadien.

La question de savoir si ces observations reflètent une amélioration du signalement par le public, des changements dans la répartition des requins, le rétablissement d’une population de requins blancs de l’Atlantique Nord-Ouest ou une combinaison de ces facteurs demeure un sujet de recherche. À la lumière des données historiques et écologiques actuellement disponibles, l’Observatoire des requins du Saint-Laurent considère que l’augmentation des observations est principalement attribuable au rétablissement d’une population de requins blancs de l’Atlantique Nord-Ouest auparavant fortement réduite, à la suite de plusieurs décennies de protection légale, combiné à une amélioration du signalement par le public et de la surveillance scientifique.[6]

Quelle qu’en soit la cause, les rencontres menaçantes ou violentes, passées ou présentes, doivent être documentées et comprises afin de pouvoir être anticipées, prévenues et replacées dans leur contexte scientifique approprié.

Comprendre les incidents impliquant des requins ne consiste pas à susciter la peur, mais à réduire l’incertitude.

Le registre est maintenu par une équipe dévouée de bénévoles, de chercheurs et de scientifiques unis par un profond respect pour les requins et un engagement envers leur conservation. Les membres de l’Observatoire des requins du Saint-Laurent ont commencé à étudier ces animaux souvent mal compris dans les années 1990, à une époque où relativement peu de Canadiens étaient conscients de leur présence dans les eaux du pays et bien avant que la conservation des requins ne devienne un enjeu largement reconnu.

Depuis, l’Observatoire a mené de nombreuses expéditions de recherche, publié des études scientifiques évaluées par les pairs et contribué à plusieurs premières canadiennes dans le domaine de la recherche sur les requins. Une grande partie de ce travail s’est déroulée sous l’eau en plongée autonome, procurant une expérience directe acquise auprès de centaines de requins observés dans des conditions extrêmement variées. La plupart de ces rencontres ont été exaltantes; quelques-unes ont été véritablement intimidantes. Par conséquent, le Registre canadien des attaques de requins repose non seulement sur la recherche historique et la littérature scientifique, mais également sur des décennies d’expérience de terrain et de collaboration avec des collègues du monde entier.

Notre objectif est simple : protéger à la fois les humains et les requins en documentant ce qui s’est produit, en comprenant ce qui se produit actuellement et en anticipant ce qui pourrait se produire à l’avenir.

Nous croyons que le public bénéficie d’une compréhension réaliste des requins et des risques associés à la fréquentation de leur environnement. Les requins ne doivent être ni craints de façon irrationnelle ni présentés comme inoffensifs. Ce sont des prédateurs, non pas des prédateurs de l’être humain, mais des prédateurs malgré tout, et de rares incidents continueront de se produire, peu importe l’admiration ou l’aversion qu’ils suscitent. Reconnaître que des rencontres, des heurts, des morsures ou des attaques occasionnels sont inévitables n’est ni du sensationnalisme ni de la clairvoyance ; il s’agit simplement d’une conclusion raisonnable fondée sur la biologie et le comportement des grands prédateurs marins.

La conservation ne devrait jamais dépendre du déni de la réalité biologique.

Qu’on le veuille ou non, les requins blancs sont aujourd’hui documentés plus fréquemment dans l’Atlantique canadien et le golfe du Saint-Laurent qu’au cours des décennies précédentes. Parallèlement, les écosystèmes marins évoluent sous l’influence combinée de la variabilité climatique, du réchauffement des océans, des changements dans la répartition des proies et du rétablissement des populations de requins et de phoques.[6]

À mesure qu’un nombre croissant de personnes fréquentent le milieu marin pour le travail ou les loisirs, les possibilités d’interactions augmentent inévitablement. L’Observatoire des requins du Saint-Laurent considère donc probable que les incidents impliquant des requins au Canada deviennent également plus fréquents au fil du temps, même s’ils devraient demeurer exceptionnellement rares en termes absolus.

Le retour du requin blanc constitue en définitive une excellente nouvelle pour l’écosystème de l’Atlantique Nord-Ouest. En tant que prédateur supérieur, il joue un rôle écologique important dans le maintien de réseaux trophiques marins en santé. Toutefois, la coexistence exige une certaine adaptation. En favorisant l’éducation, la vigilance situationnelle et la prévention fondée sur les données probantes plutôt que la peur ou le déni, nous croyons qu’il est possible de réduire davantage le risque déjà très faible de morsure de requin tout en favorisant une meilleure acceptation de ces animaux remarquables.

Il est préférable d’établir une compréhension factuelle des requins alors que le débat public demeure mesuré que de tenter de corriger la désinformation à la suite d’un incident fortement médiatisé.

Nos décennies d’expérience auprès des organismes gouvernementaux, des pêcheurs, des communautés côtières, des organisations de conservation, des chercheurs, des journalistes et du grand public nous ont démontré que les différents intervenants perçoivent souvent les requins sous des angles très différents. Nous avons également appris que lorsque les préoccupations sont reconnues honnêtement et que l’information est communiquée de manière transparente, la plupart des gens sont disposés à appuyer la conservation des requins.

La confiance se construit par la transparence.

Le même principe s’applique au Registre canadien des attaques de requins.

Dissimuler la réalité derrière des statistiques trompeuses ou des affirmations gratuites selon lesquelles les requins seraient inoffensifs ou ne représenteraient aucun danger pour les humains n’aide personne, y compris les requins. Certains soutiendront que documenter les attaques entretient des stéréotypes négatifs ou nuit à la perception du public. Nous sommes respectueusement en désaccord.

À nos yeux, le registre constitue en lui-même une initiative de conservation.

En remplaçant les mythes par les faits, la spéculation par l’enquête et le sensationnalisme par le contexte scientifique, il favorise une compréhension mature des requins qui profite à la fois à la sécurité publique et à leur conservation. En définitive, une coexistence éclairée est beaucoup plus durable que la peur ou le déni.

Notre philosophie est peut-être mieux résumée par les paroles de notre regretté ami et collègue Aidan R. Martin, dont les travaux ont inspiré la carrière de nombreux chercheurs en requins :

« Si nous continuons à pénétrer dans le domaine des requins, plutôt que de chercher à débarrasser la mer de ses requins, il est beaucoup plus logique d’apprendre à connaître leur comportement, de devenir “Shark Smart”. »

— Aidan R. Martin, Shark Smart [17]

Message clé :

Le Registre canadien des attaques de requins n’existe pas pour sensationnaliser les incidents impliquant des requins, mais pour les documenter et les comprendre. Une communication honnête et fondée sur les données probantes favorise à la fois la sécurité du public et la conservation des requins en remplaçant les mythes et le déni par les connaissances et la préparation.

Histoire des incidents impliquant des requins au Canada

Bien que les requins peuplent les océans depuis plus de 400 millions d’années, les interactions documentées entre les requins et les humains sont demeurées exceptionnellement rares tout au long de l’histoire du Canada. Néanmoins, les découvertes archéologiques, les savoirs autochtones, les documents historiques et les observations scientifiques contemporaines démontrent que ces rencontres ne constituent pas un phénomène récent et qu’elles sont antérieures à la Confédération, à l’industrialisation et aux préoccupations actuelles liées aux changements climatiques.[1-6]

L’histoire des incidents impliquant des requins au Canada n’a pas commencé avec la science moderne ni avec les médias sociaux. Les découvertes archéologiques, les savoirs autochtones et les documents historiques démontrent ensemble que les interactions entre les humains et les requins sont bien antérieures à l’arrivée des Européens.

Les plus anciennes preuves proviennent de l’archéologie et des traditions orales autochtones consignées par les premiers missionnaires et explorateurs. Des dents de requins, notamment de requins blancs (Carcharodon carcharias), découvertes dans des contextes cérémoniels et funéraires à travers la péninsule maritime démontrent que les peuples autochtones entretenaient une relation avec les grands requins depuis des milliers d’années.[4] De même, les traditions mi’kmaq recueillies par le père Pierre-Antoine-Simon Maillard décrivent des rencontres répétées avec un redoutable prédateur marin capable d’attaquer des canots d’écorce et de causer des pertes humaines, tandis que les mémoires de Jacques Merle rapportent la crainte inspirée par des animaux similaires appelés maraches, dont la dentition et le comportement décrits sont compatibles avec ceux de grands requins lamniformes.[3,5] Associées au concept mi’kmaq du « mauvais poisson » (wabinmek ’wa), ces sources indépendantes suggèrent fortement que les interactions entre les peuples autochtones et les grands requins relevaient d’un savoir écologique ancien plutôt que d’un simple folklore.[3-5,12]

Les premières mentions écrites connues de requins dans ce qui est aujourd’hui le Canada remontent au XVIIe siècle. En 1672, Nicolas Denys décrit les requins et les raies comme abondants dans certaines parties du golfe du Saint-Laurent, tandis qu’en 1691 Chrestien Le Clercq relate l’histoire d’une attaque mortelle impliquant un baigneur.[1,2] Bien que la localisation et l’authenticité historique de ce dernier incident ne puissent être établies avec certitude, ce récit démontre néanmoins que les requins étaient déjà perçus comme des animaux potentiellement dangereux dans les écrits de la période coloniale.

Les récits historiques deviennent plus nombreux au cours du XIXe siècle et au début du XXe siècle, mais leur fiabilité varie considérablement. Certains semblent relever du folklore, de l’embellissement littéraire ou de récits de seconde main répétés au fil du temps, tandis que d’autres sont appuyés par des documents contemporains ou des preuves matérielles. Par conséquent, chaque incident inclus dans le Registre canadien des attaques de requins (RCAR) est évalué individuellement plutôt qu’accepté simplement parce qu’il a été largement cité ou rejeté uniquement parce qu’il provient d’une source ancienne.

Le Registre canadien des attaques de requins n’accepte ni ne rejette les récits historiques sur la seule base de leur réputation ou de leur popularité. Chaque cas est évalué individuellement à la lumière des meilleures données historiques, archéologiques, biologiques et scientifiques disponibles.

Parmi les dossiers historiques les mieux documentés figurent plusieurs incidents impliquant des navires de pêche attaqués par de grands requins lamniformes alors qu’ils étaient engagés dans des activités de pêche. L’incident survenu en 1874 sur le banc de Saint-Pierre (CSAR-0006), au cours duquel des dents de requin auraient été récupérées dans la coque endommagée d’une doris après plusieurs impacts d’un grand requin, constitue l’un des exemples historiques les plus convaincants de ce type d’interaction et est compatible avec un requin blanc. De même, l’incident mortel impliquant un requin le mieux documenté au Canada s’est produit près de Fourchu, en Nouvelle-Écosse, en 1953 (CSAR-0017), lorsqu’un requin blanc a percuté et éventré un bateau de pêche au homard en bois, provoquant son chavirement. Un pêcheur s’est noyé alors qu’il tentait de rejoindre la rive à la nage, mais rien n’indique qu’il ait été mordu par le requin. La récupération et l’identification indépendante de dents de requin incrustées dans la coque endommagée font de cet événement l’un des incidents impliquant un requin les mieux authentifiés de l’histoire canadienne.

Les dossiers contemporains révèlent une fréquence tout aussi faible d’interactions malgré l’augmentation des activités récréatives en milieu côtier, l’amélioration des communications et la généralisation des téléphones intelligents et des médias sociaux. Parmi les incidents récents figurent plusieurs rencontres entre des plongeurs autonomes et des requins blancs au large d’Halifax (CSAR-0026), une morsure présumée de requin blanc à l’île Margaree en 2021 (CSAR-0025), la première rencontre fortuite documentée entre un plongeur et un requin blanc dans le golfe du Saint-Laurent en 2025, ainsi que l’impact d’un requin sur une planche à pagaie au large de Cherry Hill Beach, en Nouvelle-Écosse, en 2025 (CSAR-0030). Malgré cela, les blessures confirmées demeurent exceptionnellement rares et les décès plus rares encore.[6,7]

Pris ensemble, les découvertes archéologiques, les savoirs autochtones, les écrits coloniaux, les collections muséales, les archives des pêches, les observations vérifiées et les données de télémétrie modernes démontrent que les grands requins, ainsi que les rares interactions négatives avec les humains, font partie de l’histoire maritime du Canada depuis longtemps. Les données historiques et scientifiques appuient donc la conclusion selon laquelle le requin blanc n’est pas un nouvel arrivant dans l’Atlantique canadien ni dans le golfe du Saint-Laurent.

Les données historiques, archéologiques et écologiques disponibles indiquent que le requin blanc semble réoccuper certaines parties de son aire de répartition historique dans l’Atlantique canadien, plutôt que d’étendre sa présence à un territoire nouvellement colonisé.

Selon les données historiques et écologiques actuellement disponibles, l’Observatoire des requins du Saint-Laurent considère que l’augmentation des observations de requins blancs signalées au cours des dernières décennies s’explique principalement par le rétablissement d’une population du nord-ouest de l’Atlantique auparavant appauvrie, combiné à une amélioration considérable de la déclaration des observations par le public et des efforts de suivi scientifique. Cette interprétation constitue l’hypothèse de travail actuelle de l’Observatoire et pourrait être précisée ou révisée à mesure que de nouvelles données deviennent disponibles.

Message clé :

Le Registre canadien des attaques de requins ne cherche ni à valider les récits historiques sans esprit critique ni à les rejeter sans examen. Son objectif est d’évaluer chaque incident signalé de manière objective à la lumière des meilleures données historiques, archéologiques, documentaires, biologiques et scientifiques disponibles, tout en reconnaissant explicitement les incertitudes lorsqu’elles existent.

Le Registre canadien des attaques de requins n’adopte ni une vision alarmiste ni une vision complaisante de l’histoire des interactions entre les humains et les requins au Canada. Son objectif est plutôt de documenter et d’évaluer de manière critique chaque incident signalé à l’aide de critères d’évaluation transparents, cohérents et fondés sur les données probantes, tout en reconnaissant que l’incertitude fait partie intégrante de la recherche historique. Ce faisant, le registre vise à préserver un aspect important du patrimoine maritime canadien, à améliorer la compréhension du public à l’égard des requins et des rares circonstances dans lesquelles des interactions négatives peuvent survenir, et à contribuer à la fois à une sécurité publique éclairée et à une conservation efficace des requins.

Relations préhistoriques entre les humains et les requins

Le requin blanc n’était pas un inconnu pour les peuples préhistoriques de la péninsule maritime, notamment les Mi’kmaq, qui le désignaient sous plusieurs noms, dont wabinmek ’wa. Contrairement à une grande partie de la société canadienne actuelle, les peuples autochtones vivant le long de la côte atlantique connaissaient bien les requins, qui semblent avoir occupé une place importante sur les plans écologique, culturel et peut-être spirituel dans l’ensemble de la région correspondant aujourd’hui au Canada atlantique, au golfe et à l’estuaire du Saint-Laurent ainsi qu’à certaines parties de la Nouvelle-Angleterre.

Cette relation, qui s’étend sur plusieurs millénaires, est attestée par la découverte de dents de requins, particulièrement de requins blancs (Carcharodon carcharias), dans des contextes funéraires et cérémoniels datant d’environ 5 000 à 950 ans avant aujourd’hui (AA).[4] Les requins dans les archives archéologiques

Des dents de requins blancs ont été découvertes sur des sites archéologiques à travers le nord-est de l’Amérique du Nord et jusqu’à l’actuelle région de Montréal.[4] Pour les chasseurs-cueilleurs de l’Archaïque maritime, ces dents pouvaient symboliser un animal doté d’aptitudes prédatrices exceptionnelles et reflétaient peut-être également l’importance centrale de la mer dans leur mode de vie.

Sur le plan spirituel, les dents de requins pouvaient être associées à des propriétés protectrices ou mystiques, tandis que leur circulation au sein des réseaux d’échanges contribuait probablement à renforcer les liens entre les communautés côtières et celles de l’intérieur. La présence de dents de requins blancs dans des régions où ces animaux n’étaient pas présents suggère que ces objets étaient valorisés bien au-delà de leur lieu d’origine.

Bien avant l’arrivée des Européens, les peuples autochtones de la péninsule maritime connaissaient déjà le requin blanc et entretenaient avec lui une relation fondée sur l’expérience, le respect et l’observation.

Dans leur ensemble, les données archéologiques appuient la conclusion selon laquelle le requin blanc fait partie des écosystèmes de l’Atlantique canadien depuis très longtemps. Elles renforcent également l’hypothèse selon laquelle la présence actuelle de l’espèce dans l’Atlantique canadien et le golfe du Saint-Laurent s’explique davantage par le rétablissement d’une population historiquement appauvrie que par une colonisation récente liée aux changements climatiques.[4,6] Wabinmek ’wa

Les Mi’kmaq étaient d’habiles navigateurs qui entreprenaient régulièrement de longs voyages en eaux libres pour rejoindre des établissements éloignés et des territoires de chasse saisonniers, notamment aux îles de la Madeleine et dans le sud de Terre-Neuve.[2] Ils avaient même développé un canot de mer spécialement conçu pour ces traversées.[11]

Outre les tempêtes, les forts courants et les dangers liés à la navigation, les traditions orales mi’kmaq évoquent une autre menace : de grands poissons prédateurs capables de poursuivre et d’attaquer les canots d’écorce.

Vers 1731, alors qu’il se trouvait sur l’actuelle Île-du-Prince-Édouard, le chamane mi’kmaq Lkimu (également connu sous le nom d’Arguimaut) relata de telles expériences au père Pierre-Antoine-Simon Maillard, qui consigna plus tard le témoignage suivant (adapté en français moderne par JHG) : [3]

« Ils voyagent souvent au péril de leur vie […] Les mauvais poissons qui infestent fréquemment ces mers ne nous permettent pas de voyager sans inquiétude ni sans crainte […] Ils viennent attaquer nos canots si soudainement par l’arrière qu’ils les font sombrer avec ceux qui s’y trouvent […] Lorsque nous les voyons approcher, nous saisissons une perche terminée par un os dur et pointu afin de tenter de blesser l’animal […] Lorsque deux d’entre eux attaquent un canot, nous ne pouvons presque rien faire… »

— Témoignage de Lkimu (Arguimaut), rapporté par Pierre-Antoine-Simon Maillard vers 1731 et adapté en français moderne par JHG. [3]

Le récit se poursuit par la description d’armes improvisées utilisées pour se défendre, du lancer de morceaux de viande, de fourrures et même de chapeaux afin de distraire l’animal poursuivant le canot, ainsi que de l’utilisation de branches feuillues fixées à la poupe parce que l’expérience semblait démontrer que ce mystérieux prédateur les évitait.

Qu’il soit interprété de manière littérale ou symbolique, ce témoignage laisse peu de doute quant au fait que ces « mauvais poissons » inspiraient une crainte bien réelle aux navigateurs mi’kmaq.

Requin blanc ou épaulard?

Certains historiens ont avancé l’hypothèse que les « mauvais poissons » décrits par Maillard pourraient en réalité correspondre à l’épaulard (Orcinus orca).[12]

L’Observatoire des requins du Saint-Laurent considère toutefois que l’hypothèse du requin blanc est la plus parcimonieuse.

Premièrement, les interactions agressives confirmées entre des épaulards sauvages et des humains sont extraordinairement rares et contrastent fortement avec les attaques répétées, violentes et apparemment mortelles décrites dans le récit de Maillard. Deuxièmement, bien que plusieurs termes mi’kmaq désignent différents requins, dont wabinmek ’wa, nous n’avons pas été en mesure d’identifier un nom mi’kmaq traditionnel se rapportant spécifiquement à l’épaulard. Enfin, les comportements décrits, notamment les attaques contre des canots d’écorce et l’utilisation apparente d’armes pointues pour repousser l’assaillant, paraissent davantage compatibles avec un grand requin qu’avec un épaulard.

Bien qu’une certitude absolue soit impossible, les données actuellement disponibles semblent davantage appuyer l’hypothèse du requin blanc.

Le marache

Un second indice historique apparaît dans les mémoires de Jacques Merle (père Vincent de Paul), qui décrit un événement survenu lors d’un voyage en canot entre Tracadie et le détroit de Canso en 1824 (adapté en français moderne par JHG) : [5]

« Les Mi’kmaq qui m’accompagnaient aperçurent trois poissons monstrueux appelés maraches et les craignaient beaucoup parce qu’ils sont très dangereux […] Leurs dents ressemblent à des couteaux de jardinier ou à des rasoirs légèrement recourbés […] Ils poursuivent souvent les embarcations et les attaquent avec violence. Les canots d’écorce ne peuvent leur résister ; d’une seule morsure, ils les fendent et les envoient au fond. »

— Jacques Merle (père Vincent de Paul), 1824, adapté en français moderne par JHG. [5]

Cette description fournit un indice important quant à l’identité de l’animal.

La comparaison des dents à des couteaux, des scies ou des rasoirs correspond étroitement à la dentition dentelée du requin blanc et ressemble peu à celle de l’épaulard. De même, la capacité attribuée à l’animal de fendre des canots d’écorce est tout à fait compatible avec les capacités d’un grand requin lamniforme.

Le terme marache lui-même mérite également attention. Il ressemble fortement à maraîche, le nom français traditionnel du requin-taupe commun (Lamna nasus), une espèce autrefois souvent confondue avec les jeunes requins blancs. Par ailleurs, marache est un mot basque signifiant « requin ». Compte tenu des siècles de contacts entre les pêcheurs basques et les Mi’kmaq, il est tout à fait plausible que ce terme ait été adopté localement et utilisé pour désigner les grands requins en général, y compris le requin blanc.

Une relation qui remonte à des millénaires

Pris ensemble, les découvertes archéologiques, les traditions orales autochtones, les écrits missionnaires et les premiers récits historiques suggèrent que les grands requins, et plus particulièrement le requin blanc, faisaient partie intégrante du milieu marin fréquenté par les peuples autochtones de la péninsule maritime depuis fort longtemps.

Bien que l’interprétation de certains récits demeure sujette à discussion, la convergence de plusieurs sources de preuve indépendantes appuie fortement la conclusion selon laquelle les relations entre les humains et le requin blanc dans l’Atlantique canadien sont antérieures de plusieurs millénaires à l’arrivée des Européens.

Message clé :

Loin d’être des arrivants récents, les requins blancs semblent avoir été des animaux familiers pour les peuples autochtones de l’Atlantique canadien depuis des millénaires. Les découvertes archéologiques, les traditions orales et les documents historiques suggèrent ensemble une longue histoire de coexistence qui précède les archives écrites et remet en question l’idée selon laquelle l’espèce constituerait un visiteur récent dans la région.

La peur des requins

Malgré leur réputation redoutable, les requins ne sont pas des mangeurs d’hommes. Les interactions entraînant des blessures ou la mort demeurent exceptionnellement rares, particulièrement au Canada. Pourtant, des requins fréquentent les trois océans du pays, l’Atlantique Nord-Ouest, le Pacifique Nord-Est et l’Arctique, dont le plus grand et le plus célèbre des requins prédateurs présents dans les eaux canadiennes : le requin blanc (Carcharodon carcharias).

« La peur est la plus ancienne et la plus puissante des émotions humaines, et la peur de l’inconnu est la plus ancienne et la plus puissante de toutes les peurs. »

— H. P. Lovecraft, Supernatural Horror in Literature (1927)[15]

La peur des requins, connue sous le nom de galéophobie (ou de sélachophobie), existe probablement depuis aussi longtemps que les humains s’aventurent en mer. Tout au long de l’histoire, les récits de monstres marins, de poissons géants et de mystérieuses disparitions ont alimenté notre imaginaire, tandis que les attaques de requins contemporaines attirent souvent une attention médiatique considérable précisément parce qu’elles sont si inhabituelles.

Pour de nombreuses personnes, cette peur est davantage enracinée dans la culture que dans l’expérience personnelle. La plupart des individus ne rencontreront jamais de requin dans la nature, mais les films, les documentaires, les reportages et la fiction populaire ont laissé l’impression durable que des requins rôdent sous chaque vague. Des productions à grand succès comme Les Dents de la mer (Jaws) et, plus récemment, Instinct de survie (The Shallows), ont renforcé l’image du requin comme un tueur implacable, malgré l’abondance de données scientifiques démontrant le contraire.[14]

Pour la plupart des gens, la peur des requins s’apprend davantage qu’elle ne se vit.

Le requin blanc est responsable de la majorité des incidents documentés impliquant des requins au Canada, mais même cette espèce mord rarement les humains. En réalité, l’extrême rareté de ces événements est l’une des principales raisons pour lesquelles ils attirent une attention médiatique aussi disproportionnée.

Pour ceux d’entre nous qui pénétrons régulièrement dans le domaine des requins avec les connaissances et l’expérience nécessaires, la crainte peut néanmoins demeurer bien réelle. Nous savons que les attaques sont hautement inhabituelles, mais nous reconnaissons également qu’elles sont possibles. Lorsque la visibilité est réduite, que les phoques sont abondants et que la présence de requins blancs est connue, il n’y a pas de place pour la complaisance. Dans de telles conditions, nous plongeons avec une vigilance accrue et une attention constante à notre environnement.

Cette distinction est importante.

Il existe une différence fondamentale entre une peur irrationnelle et un respect sain.

La première repose sur les idées fausses et l’exagération ; le second sur les connaissances, l’expérience et une compréhension réaliste du risque. L’Observatoire des requins du Saint-Laurent estime que la sécurité du public comme la conservation des requins dépendent de notre capacité à remplacer la première par le second. La peur en soi n’est donc pas le problème. L’ignorance l’est.

Les connaissances ne font pas disparaître la peur. Elles transforment la peur irrationnelle en prudence éclairée.

L’objectif ne devrait jamais être de convaincre le public que les requins sont inoffensifs ou que toute inquiétude est injustifiée. Il ne devrait pas davantage consister à les présenter comme des tueurs dépourvus de raison attendant la prochaine occasion d’attaquer. Il devrait plutôt être de comprendre dans quelles circonstances un risque existe, pourquoi il existe, et d’adapter notre comportement en conséquence.

Les requins ne méritent ni notre haine ni notre confiance aveugle.

Ils méritent notre respect.

Message clé :

La peur des requins est compréhensible, mais elle devrait être guidée par les faits plutôt que par les mythes. Pour la grande majorité des gens, le risque demeure extraordinairement faible, tandis que pour ceux qui fréquentent volontairement l’habitat des requins dans certaines circonstances particulières, une prudence éclairée reste à la fois rationnelle et appropriée.

Les requins sont-ils dangereux ?

La réponse courte est oui… mais la réalité est plus nuancée qu’il n’y paraît.

Ce qui importe réellement, c’est le niveau de risque associé à chaque espèce, la personnalité des individus, tous les requins d’une même espèce ou d’un même sexe ne se comportent pas de la même façon, ainsi que divers facteurs aggravants, tels que la présence d’autres requins en compétition pour une même source de nourriture, l’âge de l’animal, l’état de la mer ou encore certaines activités humaines comme la pêche, la chasse sous-marine ou le surf. Autrement dit, lorsque le jugement d’un requin n’est pas influencé par des conditions environnementales défavorables, l’inexpérience ou la compétition alimentaire, les probabilités qu’il morde un humain demeurent extrêmement faibles.[8]

Il est clair que les requins ne recherchent pas les humains comme proies et que le risque global d’être mordu est extraordinairement faible. Néanmoins, la combinaison de leur nature prédatrice, de leurs capacités offensives considérables et de certaines variables environnementales reconnues, comme une faible visibilité, la présence de phoques ou l’abondance d’autres proies, rend certaines grandes espèces intrinsèquement dangereuses.

Malheureusement, on observe aujourd’hui une tendance croissante chez certains défenseurs de la conservation, pourtant bien intentionnés, à minimiser les risques associés aux requins dans le but d’améliorer leur image auprès du public. Cette démarche est compréhensible : de nombreuses espèces de requins sont menacées ou en péril, et l’appui du public demeure essentiel à leur protection. Après tout, qui souhaiterait protéger un tueur sanguinaire?

Par conséquent, le discours public a parfois effectué un virage presque à 180 degrés. Jadis présentés comme des mangeurs d’hommes démoniaques, les requins sont aujourd’hui parfois dépeints comme de simples poissons inoffensifs vaquant à leurs occupations et ne représentant pratiquement aucun danger pour les humains. L’Observatoire des requins du Saint-Laurent considère toutefois que cette surcorrection est contre-productive. Généraliser le comportement de plus de 540 espèces de requins reconnues afin de promouvoir leur conservation finit par affaiblir le message, car chaque nouvel incident ravive inévitablement la même question : les requins sont-ils dangereux ou non ?

« La nécessité de protéger les requins est bien réelle, mais déformer leur véritable nature et banaliser le risque d’attaque au nom de la conservation ne rend service ni aux requins ni à nous-mêmes. »

— Jeffrey Hay Gallant, Observatoire des requins du Saint-Laurent

À l’inverse, la société accepte depuis longtemps que des animaux sauvages potentiellement dangereux puissent également mériter notre protection. Les documentaires animaliers et les émissions d’histoire naturelle ont sensibilisé des millions de personnes à des espèces reconnues pour pouvoir attaquer les humains, notamment l’hippopotame. Pourtant, on estime que les hippopotames causent entre 500 et 3 000 décès humains chaque année, ce qui en fait le mammifère le plus meurtrier après l’être humain et un animal beaucoup plus dangereux que les requins.[16] De même, les rencontres mortelles avec l’ours blanc sont beaucoup plus rares que les attaques de requins, mais peu de gens soutiendraient pour autant que cet animal est inoffensif. Malgré sa capacité bien réelle à tuer des humains, il demeure l’un des principaux symboles de la conservation de l’Arctique.

Pourquoi les requins bénéficieraient-ils alors d’un tel traitement de faveur ?

Qu’ont donc les requins de si peu attachant pour que nous ressentions le besoin de modifier le récit afin de susciter la compassion à leur égard?

Présenter les requins comme essentiellement inoffensifs peut également créer un faux sentiment de sécurité, incitant certaines personnes à relâcher leur vigilance et augmentant ainsi la probabilité, aussi faible soit-elle, d’une interaction grave. Lorsqu’une tragédie inévitable survient, la frénésie médiatique qui s’ensuit et le manque de compréhension du public favorisent souvent les manchettes sensationnalistes, les appels à l’abattage ou à d’autres mesures destructrices, tout en détournant l’attention de la crise de conservation beaucoup plus importante que représentent le commerce illégal des ailerons et la surpêche.

Minimiser aveuglément les dangers associés aux requins n’est pas plus utile que les exagérer.

Ce dont nous avons besoin, c’est d’une compréhension mature, équilibrée et scientifiquement fondée du comportement et de l’écologie des requins. Une telle compréhension améliore notre capacité à anticiper et à prévenir les interactions dramatiques, tout en reconnaissant que, dans la grande majorité des cas, les morsures de requins demeurent des événements extrêmement rares résultant d’un concours de circonstances malheureux, où une personne se retrouve simplement au mauvais endroit au mauvais moment.

Les requins méritent notre respect, pas notre mépris ni notre dérision.

En définitive, la conservation ne devrait jamais reposer sur le déni de la réalité biologique. Les requins comptent parmi les principaux prédateurs des océans et ont évolué pendant des centaines de millions d’années pour devenir des chasseurs remarquablement efficaces. Reconnaître que certaines espèces sont capables de blesser gravement ou même de tuer des êtres humains ne compromet en rien les arguments en faveur de leur protection. Au contraire, une compréhension réaliste à la fois de leur importance écologique et de leurs capacités intrinsèques favorise davantage une coexistence éclairée que le sensationnalisme ou un faux sentiment de sécurité.

Message clé :

Les requins sont des animaux potentiellement dangereux, mais le danger ne doit pas être confondu avec la probabilité. Le risque d’une interaction grave demeure exceptionnellement faible, et une conservation efficace repose non pas sur le déni de cette réalité, mais sur la compréhension de quand, où et pourquoi ce risque existe.

Statistiques comparatives : les grille-pain sont-ils réellement plus dangereux que les requins ?

La réponse courte est non.

Plus important encore, même si c’était le cas, cette comparaison nous apprendrait très peu sur le risque réel d’être mordu par un requin.

Les statistiques comparatives n’ont de valeur que lorsque les ensembles de données comparés sont véritablement équivalents. L’affirmation selon laquelle les grille-pain tueraient davantage de personnes que les requins est fréquemment reprise dans les journaux, les documentaires et les médias sociaux. Pourtant, malgré des recherches approfondies, le Registre canadien des attaques de requins n’a pas été en mesure d’identifier une source primaire fiable ou une étude évaluée par les pairs appuyant les chiffres généralement cités. Qu’elle soit exacte ou non, cette comparaison demeure fondamentalement trompeuse, car elle oppose des populations dont les niveaux d’exposition sont radicalement différents.

Le même raisonnement s’applique à plusieurs comparaisons souvent invoquées pour minimiser le risque associé aux attaques de requins. Les maladies cardiovasculaires, le cancer, les morsures de chiens, les piqûres d’abeilles, les collisions routières, la foudre ou encore les chutes de noix de coco sont fréquemment présentés comme des dangers plus importants que les requins. Bien que cela soit statistiquement vrai dans de nombreux cas, ces comparaisons concernent souvent des populations différentes, des durées d’exposition inégales, des régions géographiques distinctes et des comportements humains qui n’ont rien de comparable. Elles fournissent donc peu d’information utile à une personne qui cherche à évaluer le risque réel associé à l’entrée dans le milieu marin.

Les statistiques comparatives n’ont de valeur que lorsque les populations comparées sont soumises à des niveaux d’exposition au risque comparables.

En réalité, les statistiques annuelles à elles seules suffisent à illustrer la rareté des morsures de requins. À l’échelle mondiale, une année typique compte généralement une centaine de morsures de requins de tous types, dont environ une dizaine sont mortelles. Ces chiffres démontrent à eux seuls que la probabilité d’être tué par un requin est extraordinairement faible, sans qu’il soit nécessaire de recourir à des analogies douteuses impliquant des appareils électroménagers ou des fruits tropicaux.

Et les noix de coco ?

Peu de comparaisons sont aussi souvent répétées que l’affirmation selon laquelle une personne aurait davantage de chances d’être tuée par une noix de coco tombant d’un arbre que par un requin.

Mais quelle est la pertinence de cette affirmation pour quelqu’un qui entre dans l’océan au Canada, où les cocotiers ne poussent pas?

Cet exemple illustre bien la principale faiblesse de nombreuses statistiques comparatives. À moins que la comparaison ne s’applique aux mêmes lieux, aux mêmes circonstances et aux mêmes activités, elle présente peu de valeur pratique. Plutôt que de rassurer le public à l’aide de statistiques mondiales sans rapport direct avec la situation, il est beaucoup plus utile de fournir des informations claires sur l’environnement local, les espèces présentes et les circonstances dans lesquelles les rencontres sont les plus susceptibles de survenir.

Le risque est local. Les statistiques les plus utiles sont celles qui concernent directement l’endroit où l’on se trouve et l’activité que l’on pratique.

Si l’objectif est d’avoir l’esprit tranquille, il est probablement beaucoup plus utile de comprendre la présence saisonnière et le comportement du requin blanc dans les eaux canadiennes que de mémoriser des comparaisons impliquant des grille-pain ou des noix de coco. Les morsures de requins blancs demeurent exceptionnellement rares, mais il est possible de réduire davantage un risque déjà très faible en se familiarisant avec les conditions locales, en évitant les situations prévisibles à risque élevé et en adaptant son comportement en conséquence.

Il est toutefois important de reconnaître que les requins blancs sont aujourd’hui observés plus fréquemment dans l’Atlantique canadien qu’au cours des décennies précédentes. Selon les données historiques et écologiques actuellement disponibles, l’Observatoire des requins du Saint-Laurent considère que cette augmentation s’explique principalement par le rétablissement d’une population du nord-ouest de l’Atlantique autrefois appauvrie à la suite de plusieurs décennies de protection légale, combiné à une amélioration substantielle de la déclaration des observations et du suivi scientifique. Cette interprétation constitue l’hypothèse de travail actuelle de l’Observatoire et pourra être précisée à mesure que de nouvelles données deviendront disponibles.[6] Une même statistique ne convient pas à toutes les situations

Selon l’International Shark Attack File (ISAF), le risque estimé de mourir à la suite d’une attaque de requin au cours d’une vie aux États-Unis est d’environ une chance sur 4,3 millions. Ce chiffre est toutefois calculé à partir de l’ensemble de la population américaine, alors que des millions de personnes vivent à des centaines, voire des milliers de kilomètres des côtes et ne mettront peut-être jamais les pieds dans l’océan. Il est évident qu’un résident du Kansas qui ne fréquente jamais le milieu marin n’est pas exposé au même niveau de risque qu’un surfeur en Californie ou qu’un plongeur professionnel en Floride.

De la même manière, les estimations mondiales masquent d’importantes variations régionales. La probabilité réelle d’une rencontre avec un requin dépend de nombreuses variables interagissant entre elles, notamment la localisation géographique, la saison, la température de l’eau, la disponibilité des proies, les espèces présentes, l’abondance des requins, les conditions environnementales et la nature de l’activité pratiquée.

L’estimation quantitative du risque la plus élevée publiée à ce jour provient du sud de l’Australie-Occidentale. Sprivulis (2014) a estimé qu’au printemps, lorsque les baleines à bosse et leurs baleineaux migrent près du littoral, le risque de subir une morsure mortelle de requin lors d’une plongée sous-marine effectuée à environ 50 mètres du rivage dans plus de cinq mètres d’eau pouvait atteindre une chance sur 15 000. Cette probabilité demeure extrêmement faible, mais elle est plusieurs ordres de grandeur plus élevée que le risque moyen à vie souvent cité pour l’ensemble des États-Unis.[10]

De même, une personne qui choisit de nager ou de plonger à proximité d’une importante colonie de phoques gris à l’île Brion, aux Îles-de-la-Madeleine, durant la période de pointe du requin blanc à la fin de l’été pourrait être exposée à un niveau de risque supérieur à celui suggéré par les statistiques mondiales générales. Même dans ce contexte, la probabilité absolue d’une rencontre spectaculaire demeure très faible, mais il est peu probable qu’elle soit représentée fidèlement par un seul chiffre calculé à l’échelle d’un pays ou d’un continent.

Aucune statistique ne peut à elle seule représenter fidèlement le risque associé à tous les lieux, toutes les saisons et toutes les activités.

Le niveau de risque associé à un lieu donné évolue constamment en fonction de nombreuses variables, notamment la période de l’année, les espèces de requins présentes, la répartition des proies, les conditions météorologiques, la visibilité sous l’eau et le comportement humain. Ces facteurs peuvent varier selon les saisons, les jours, voire les heures. L’Observatoire des requins du Saint-Laurent estime donc essentiel que les gestionnaires côtiers, les usagers des plages, les plongeurs, les surfeurs et les autres adeptes du milieu marin aient accès à une information locale fiable leur permettant de prendre des décisions éclairées et d’effectuer une évaluation élémentaire du risque.

En définitive, banaliser les risques associés aux requins au moyen de comparaisons trompeuses contribue peu à améliorer la sécurité du public ou sa compréhension de la réalité. Une approche plus constructive consiste à reconnaître que, bien que les morsures de requins soient exceptionnellement rares, leur probabilité peut souvent être réduite davantage grâce à une meilleure compréhension de l’écologie locale des requins, de leur présence saisonnière et à l’adoption de comportements responsables.

Plutôt que de rassurer le public à l’aide de comparaisons biaisées, une connaissance générale des requins présents localement et des conditions environnementales pourrait contribuer à réduire encore davantage un risque déjà très faible, à sauver des vies humaines et, ultimement, à favoriser la conservation des populations de requins menacées. En effet, même les attaques les plus rares peuvent entraîner une couverture médiatique négative ou susciter des appels à la mise en œuvre de mesures de dissuasion destructrices.

Message clé :

La rareté des morsures de requins ne devrait pas servir à les banaliser, tout comme leur gravité ne devrait pas servir à les exagérer. L’évaluation la plus pertinente du risque repose sur les conditions locales, les données scientifiques et une compréhension éclairée de l’écologie des requins, plutôt que sur des comparaisons statistiques simplistes.

Attaque ou incident : une question de sémantique ?

Selon Oxford Languages, une attaque est une action agressive ou violente dirigée contre une personne ou un lieu, tandis qu’un incident est un terme beaucoup plus large pouvant désigner aussi bien une rencontre fortuite qu’une agression, un affrontement militaire ou tout autre événement digne d’intérêt.[13]

Les partisans d’expressions comme incident, interaction ou rencontre négative soulèvent des arguments valables. Toutes les morsures de requins ne sont pas de nature prédatrice, et les circonstances qui mènent à une confrontation sont souvent complexes. Néanmoins, l’Observatoire des requins du Saint-Laurent considère que lorsqu’un requin mord ou lacère une personne, que ce comportement soit exploratoire, défensif, territorial ou prédatoire, le résultat demeure un acte agressif susceptible de causer des blessures catastrophiques ou la mort.

Dans ce contexte, le terme attaque est à la fois scientifiquement et linguistiquement approprié.

Qu’y a-t-il dans un mot?

Nous comprenons parfaitement la préoccupation selon laquelle le mot attaque pourrait involontairement renforcer l’image traditionnelle du requin comme un mangeur d’hommes dépourvu de raison. Nous estimons toutefois que son remplacement systématique par une terminologie plus édulcorée risque d’atténuer la gravité réelle des événements survenus.

L’objectif du Registre canadien des attaques de requins n’est pas de sensationnaliser ces événements exceptionnellement rares, mais de les documenter de façon rigoureuse et cohérente. Les rencontres passives, beaucoup plus fréquentes, présentent certes un intérêt scientifique, mais elles contribuent généralement moins à l’éducation du public et à la prévention des blessures que les événements impliquant un comportement menaçant ou un contact physique.

C’est pourquoi le Registre s’intéresse principalement aux attaques, tout en documentant également certains cas de harcèlement, de poursuite ou d’autres rencontres inhabituelles susceptibles d’améliorer notre compréhension du comportement des requins et de l’évaluation du risque.

Les attaques de requins sont si rares qu’elles pourraient bien remplacer les dents de poule dans nos expressions populaires.

Comme nous l’avons expliqué au chapitre précédent, le Registre canadien des attaques de requins considère que l’évitement de termes évoquant la violence dans le seul but de favoriser la conservation peut involontairement créer un faux sentiment de sécurité, de l’indifférence ou de la complaisance. La sécurité du public est mieux servie par une information claire et directe sur la biologie, le comportement et la répartition des requins que par une minimisation du risque au moyen d’une terminologie susceptible de semer la confusion plutôt que d’éclairer.

Reconnaître une attaque de requin pour ce qu’elle est ne signifie toutefois pas que les requins sont malveillants ou assoiffés de sang. Bien au contraire, l’extrême rareté de ces événements met sans doute en évidence la remarquable retenue dont font preuve des animaux pourtant parfaitement capables d’infliger des blessures catastrophiques.

« Lorsqu’une personne cause accidentellement la mort d’autrui, on parle d’homicide involontaire, pas de rencontre négative. De la même manière, lorsqu’un requin mord un humain et le tue parfois sans intention particulière alors qu’il agit par curiosité, compétition ou prédation, réduire l’événement à une rencontre négative ou un simple incident risque d’en minimiser la gravité. »

— Jeffrey Hay Gallant, Observatoire des requins du Saint-Laurent

Pourquoi les requins mordent-ils ?

Les requins ne possédant pas de mains, ils utilisent leur bouche et leurs dents pour explorer leur environnement, manipuler leurs proies, établir une dominance, se défendre et se nourrir. Par conséquent, aucun terme unique, y compris attaque, ne décrit parfaitement toutes les morsures de requins.

Certaines morsures semblent de nature prédatrice. D’autres peuvent être défensives, territoriales ou exploratoires. Nombre d’entre elles sont rapidement attribuées à une erreur d’identification afin d’expliquer le comportement du requin, mais des recherches récentes suggèrent que la réalité est probablement plus nuancée qu’on ne le croyait auparavant.[8] Plutôt que de résulter d’un mécanisme unique, les morsures de requins semblent découler d’une interaction complexe entre la perception sensorielle, les conditions environnementales, le comportement individuel, l’âge, l’expérience, la disponibilité des proies et les circonstances du moment.

Les préférences alimentaires des requins ont évolué bien avant l’apparition des humains. Après des millions d’années d’évolution, de nombreuses espèces sont instinctivement programmées pour parcourir de grandes distances et se concentrer dans des zones d’alimentation productives où elles exploitent les proies offrant le meilleur rendement énergétique.[9]

Les humains répondent généralement mal à ce critère.

Comparativement aux pinnipèdes, comme les phoques, les humains offrent un apport énergétique relativement faible tout en présentant une silhouette inhabituelle et une capacité de résistance potentielle. Cela pourrait expliquer en partie pourquoi de nombreux requins ne mordent qu’une seule fois avant de se désengager de leur victime.

Mais pourquoi se désengagent-ils?

Le requin reconnaît-il qu’il vient de mordre une proie inadéquate? La morsure était-elle simplement exploratoire? Tentait-il d’éloigner un concurrent perçu? Réagissait-il de manière défensive à un stimulus inhabituel?

Dans la plupart des cas, nous l’ignorons.

Des travaux récents de Ryan et de ses collaborateurs suggèrent que le système visuel encore en développement des jeunes requins blancs pourrait les prédisposer, dans certaines circonstances, à commettre des erreurs d’identification les amenant à mordre des objets ressemblant à leurs proies habituelles, notamment les pinnipèdes.[8] Cette hypothèse présente un intérêt particulier dans l’Atlantique canadien et le golfe du Saint-Laurent, où un nombre croissant de requins blancs juvéniles et subadultes est désormais documenté.[6]

La situation pourrait toutefois être différente chez les requins blancs adultes. Les recherches indiquent qu’ils fréquentent les eaux canadiennes moins régulièrement que les individus plus jeunes et que leurs capacités sensorielles plus développées ainsi que leur expérience accrue leur permettent probablement de mieux distinguer les proies potentielles, sauf dans des conditions environnementales particulièrement défavorables.[7]

Au-delà de la sémantique

Tous les événements impliquant un requin ne constituent pas nécessairement une attaque.

Certains se limitent à un contact accidentel, à un coup de museau exploratoire, à une brève manifestation de curiosité apparente ou à d’autres comportements qui n’aboutissent jamais à une morsure. De même, il est souvent impossible de déterminer si un requin qui suit un nageur ou un plongeur manifeste un intérêt prédatoire, une simple curiosité, un comportement territorial ou une tout autre motivation.

Les situations apparemment bénignes peuvent toutefois évoluer rapidement.

Un requin qui semble simplement curieux peut devenir plus insistant si son intérêt est maintenu ou si les conditions environnementales changent. Par conséquent, lorsqu’un requin s’approche à une distance jugée inconfortable, la conduite la plus prudente consiste généralement à quitter l’eau calmement et de manière contrôlée plutôt qu’à tenter d’interpréter ses intentions.

En définitive, le débat entourant l’utilisation des termes attaque ou incident relève, à bien des égards, davantage de la philosophie que de la biologie.

L’Observatoire des requins du Saint-Laurent ne prétend pas détenir l’autorité en matière de terminologie et reconnaît pleinement le droit des chercheurs, des organisations et du public d’employer les termes qu’ils jugent les plus appropriés.

Pour les besoins du Registre canadien des attaques de requins, nous estimons toutefois que l’honnêteté, la clarté et la cohérence sont mieux servies en qualifiant d’attaques les rencontres véritablement violentes, tout en reconnaissant que les motivations sous-jacentes peuvent varier considérablement et qu’elles demeurent souvent impossibles à déterminer avec certitude.

Message clé :

Toutes les morsures de requins ne sont pas de nature prédatrice, et toutes les rencontres avec un requin ne constituent pas une attaque. Toutefois, lorsqu’un requin inflige une blessure grave ou violente à une personne, l’Observatoire des requins du Saint-Laurent estime que le terme attaque est à la fois exact et approprié. Son utilisation ne vise ni à diaboliser le requin ni à exagérer le risque, mais simplement à décrire l’événement avec clarté et précision.

Qui est responsable ?

La question revient souvent après une morsure ou une attaque de requin : qui est responsable ?

La réponse dépend en grande partie du point de vue adopté.

Du point de vue scientifique, les incidents impliquant des requins sont généralement répartis en deux grandes catégories : les attaques non provoquées et les attaques provoquées.

Une attaque non provoquée survient lorsqu’un requin mord une personne vivante dans l’habitat naturel du requin sans qu’aucune action délibérée n’ait été dirigée vers l’animal.

Une attaque provoquée survient lorsque la morsure fait suite à une interaction humaine directe ou indirecte avec le requin, notamment lorsqu’une personne le touche, le saisit, le nourrit, le harcèle, tente de le capturer, pratique la chasse sous-marine, plonge à l’extérieur d’une cage de protection en présence d’un attractif, ou interfère autrement avec son comportement naturel.

Ces définitions constituent avant tout des outils de classification permettant aux chercheurs de documenter et d’évaluer les événements de manière cohérente et uniforme. Elles n’impliquent aucune notion de responsabilité au sens juridique ou moral du terme.

Non provoquée ne signifie pas que rien ne s’est passé. Cela signifie simplement que la personne n’a pas intentionnellement interagi avec le requin avant que la morsure ne survienne.

Certains observateurs soutiennent toutefois que cette distinction est elle-même trompeuse.

Selon eux, toute personne qui entre volontairement dans l’océan où vivent des requins pénètre, par définition, dans le domaine de l’animal et accepte la possibilité, aussi faible soit-elle, d’une rencontre.

Le regretté biologiste et défenseur de la conservation des requins Peter Benchley a exprimé cette idée avec éloquence :

« Malgré tout ce que nous lisons et entendons au sujet des attaques de requins non provoquées, j’en suis venu à croire qu’une telle chose n’existe pas. Nous provoquons un requin chaque fois que nous pénétrons dans les eaux où il vit, car nous oublions une chose : l’océan n’est pas notre territoire, c’est le leur. »

— Peter Benchley, Shark Trouble[14]

Bien que cette perspective philosophique soit intéressante, elle ne doit pas être interprétée comme une façon d’attribuer la responsabilité à la victime.

Les gens ont parfaitement le droit de nager, de plonger, de surfer, de pratiquer la planche à pagaie, de pêcher et de profiter de l’océan. Toutefois, pénétrer dans un environnement naturel habité par de grands prédateurs sauvages comporte inévitablement un certain niveau de risque.

Le même principe s’applique en milieu terrestre.

Un randonneur qui s’aventure dans l’habitat du grizzli sait que des ours peuvent être présents. Un photographe travaillant à proximité de bisons comprend que ces animaux sont capables de charger. De la même façon, un plongeur qui entre dans un habitat connu du requin blanc accepte que la possibilité d’une rencontre, aussi improbable soit-elle, ne puisse jamais être complètement éliminée.

La question n’est donc pas tant de désigner un responsable que de reconnaître la réalité.

L’océan n’appartient ni aux requins ni aux humains. C’est un milieu partagé où les deux doivent coexister.

Comprendre les conditions locales, respecter la faune sauvage et éviter les situations prévisibles à risque élevé figurent parmi les moyens les plus efficaces de réduire davantage la probabilité déjà très faible d’une morsure de requin.

De même, reconnaître que les requins agissent selon des instincts façonnés par des millions d’années d’évolution permet d’éviter de leur attribuer des motivations humaines telles que la malveillance, la vengeance ou la cruauté.

Lorsqu’un requin mord une personne, il ne prend pas une décision morale.

Il se comporte simplement comme un requin.

Pour cette raison, le Registre canadien des attaques de requins considère que la recherche d’un responsable est généralement moins utile que l’identification des facteurs ayant contribué à l’événement et des enseignements susceptibles de prévenir des incidents similaires à l’avenir.

En définitive, la coexistence exige une part de responsabilité de la part des deux parties : les requins doivent pouvoir remplir leur rôle écologique de principaux prédateurs des écosystèmes marins, tandis que les humains doivent s’efforcer de comprendre les environnements qu’ils choisissent de fréquenter.

Message clé :

Plutôt que de chercher un responsable après une morsure de requin, il est souvent plus utile de comprendre pourquoi l’événement s’est produit et ce qu’il peut nous apprendre. Comprendre le risque, plutôt que désigner un coupable, est au cœur de la sécurité du public comme de la conservation des requins.

Codes d’incident du RCAR

Le Registre canadien des attaques de requins (RCAR) utilise une série de codes normalisés pour classifier les événements impliquant des requins selon les circonstances les plus probables entourant chaque cas. Ces codes facilitent l’analyse scientifique, assurent une plus grande cohérence entre les dossiers et permettent aux lecteurs de comprendre rapidement le contexte général d’un événement.

Comme les motivations des animaux sauvages ne peuvent généralement pas être déterminées avec certitude, les codes attribués doivent être considérés comme l’interprétation la plus plausible fondée sur les données disponibles plutôt que comme des conclusions définitives. Les classifications peuvent être révisées à mesure que de nouvelles informations deviennent accessibles.

L’objectif du système de codification n’est pas d’attribuer une responsabilité, mais de décrire les circonstances les plus probables entourant un événement.

Le Registre canadien des attaques de requins (RCAR) utilise actuellement les codes d’incident suivants :

PRE (Prédation ou attraction alimentaire) : Interaction liée à l’alimentation impliquant une personne ou une embarcation, y compris les événements associés à des appâts, des captures, du sang dans l’eau ou d’autres stimuli alimentaires.

HB (Heurt ou bélier) : Un requin heurte, percute, entaille ou mord une personne, une embarcation, une planche à pagaie ou tout autre objet lorsque les données disponibles sont insuffisantes pour conclure que l’interaction était de nature prédatrice, défensive ou principalement liée à l’alimentation.

DF (Défensif) : Interaction résultant d’une réaction défensive du requin à une capture, un harcèlement, une blessure ou toute autre menace perçue.

CP (Comportement de poursuite) : Rencontre impliquant le suivi, l’observation rapprochée ou l’intérêt soutenu d’un requin envers une personne, sans contact physique.

CH (Charognage) : Événement impliquant l’alimentation ou l’examen de restes humains ou de parties de corps humains.

Tous les événements ne s’intègrent pas parfaitement dans une seule catégorie et, dans certains cas, les données disponibles sont insuffisantes pour déterminer avec confiance les circonstances les plus probables. Le code attribué représente donc l’interprétation la plus plausible fondée sur les éléments de preuve disponibles et peut être révisé à la lumière de nouvelles informations.

Message clé :

Les codes d’incident du RCAR servent à décrire et à classifier les circonstances d’un événement. Ils ne constituent pas un jugement sur l’intention, la responsabilité ou la faute.

Réduire les risques

L’instinct de conservation est la première loi de la nature, tant pour les humains que pour la faune sauvage avec laquelle nous partageons ce qu’il reste du monde naturel.

Peu de personnes familières avec le Nord s’aventureraient volontairement dans l’habitat de l’ours blanc sans arme à feu chargée ou autre moyen de protection efficace. Pourtant, chaque année, des millions de personnes entrent dans l’océan sans la moindre hésitation, s’appuyant plutôt sur des statistiques rassurantes pour dissiper ce qui est souvent perçu comme une peur irrationnelle de la faune marine dangereuse.

Or, l’océan n’est pas moins sauvage que la toundra arctique.

La différence ne réside pas dans l’absence de risque, mais dans notre perception de celui-ci.

Contrairement aux ours, les requins demeurent généralement invisibles sous la surface et, parce que les attaques sont extraordinairement rares, beaucoup de personnes en viennent à croire qu’entrer dans leur environnement ne comporte pratiquement aucun risque. Ce faux sentiment de sécurité est parfois renforcé par des comparaisons simplistes ou par des affirmations bien intentionnées selon lesquelles les requins ne représenteraient pratiquement aucune menace pour les humains.

Le Registre canadien des attaques de requins adopte une perspective différente.

Respecter les requins, c’est reconnaître simultanément deux réalités : ils mordent très rarement les êtres humains, mais certaines espèces sont parfaitement capables, dans les mauvaises circonstances, d’infliger des blessures catastrophiques ou même de causer la mort.

L’objectif n’est pas de craindre les requins, mais de cesser de les sous-estimer.

Heureusement, réduire davantage le risque déjà très faible d’une morsure de requin ne nécessite ni arme à feu, ni fusil sous-marin, ni quelque autre arme que ce soit. Dans la plupart des situations, une connaissance de base de l’écologie des requins, une compréhension des conditions locales et la volonté d’adapter son comportement suffisent à éviter la grande majorité des situations potentiellement dangereuses.

En définitive, la coexistence ne repose pas sur l’élimination des requins de l’océan, mais sur l’abandon de l’idée selon laquelle les humains seraient en droit de pénétrer dans n’importe quel environnement sans en comprendre ou en accepter les risques.

La mer n’appartient ni aux humains ni aux requins.

Elle est partagée.

Et comme tout environnement partagé habité par de grands prédateurs, elle mérite notre respect.

Message clé :

La façon la plus efficace de réduire le risque d’une morsure de requin ne repose ni sur les armes ni sur la pensée magique, mais sur les connaissances, l’humilité et la compréhension du fait qu’entrer dans l’océan, c’est pénétrer dans l’habitat naturel de grands prédateurs marins.

Recommandations pour les nageurs

Les rencontres entre nageurs et requins demeurent exceptionnellement rares dans l’Atlantique canadien. Au moment de la rédaction du présent ouvrage, le Registre canadien des attaques de requins ne compte qu’un seul incident suspecté impliquant un nageur (CSAR-0025). Néanmoins, à mesure que la présence du requin blanc est documentée de plus en plus fréquemment dans les eaux de l’Atlantique canadien, une compréhension de base de l’écologie et du comportement des requins, ainsi qu’une connaissance des conditions locales, peuvent contribuer à réduire davantage un niveau de risque déjà très faible.

Le nageur le plus en sécurité n’est pas celui qui craint les requins, mais celui qui les comprend.

Nagez dans des zones surveillées lorsque cela est possible

Lorsque des plages surveillées sont disponibles, privilégiez-les et demeurez à l’intérieur des zones de baignade désignées. Portez attention à la signalisation et respectez toute consigne concernant la faune marine ou l’évolution des conditions.

Si vous nagez à l’extérieur d’une zone surveillée, demeurez raisonnablement près du rivage

Évitez de vous éloigner inutilement du littoral, particulièrement si vous nagez seul ou dans des eaux que vous connaissez peu. Rester près du rivage réduit non seulement l’exposition au risque, mais facilite également les secours en cas d’urgence.

Nagez accompagné

Dans la mesure du possible, nagez avec une autre personne et gardez-la en vue. Cette règle est recommandée pour de nombreuses situations d’urgence en milieu aquatique et peut également s’avérer utile lors d’une rencontre inattendue avec la faune marine.

Faites preuve d’une vigilance accrue lorsque la luminosité est faible

Bien que les données établissant un lien entre les morsures de requins et l’aube, le crépuscule ou la nuit demeurent limitées dans l’Atlantique canadien, la faible luminosité et la visibilité réduite compliquent la détection mutuelle entre les nageurs et les requins. Une vigilance accrue est donc recommandée dans ces conditions.

Soyez attentif aux signes d’activité alimentaire

La présence d’oiseaux marins plongeant activement ou de bancs de poissons-appâts peut indiquer une activité alimentaire dans le secteur. Bien que ces signes ne signifient pas nécessairement que des requins sont présents, ils témoignent d’une activité biologique accrue et justifient une plus grande vigilance.

Ne jetez pas de déchets de poisson ou de nourriture dans les zones de baignade

Ne déversez jamais de restes de poisson ou d’autres déchets alimentaires dans les secteurs fréquentés par les baigneurs. Ces matières peuvent attirer des charognards et des poissons prédateurs, y compris des requins.

Évitez de vous baigner à proximité d’activités de pêche

Ne nagez pas à proximité d’activités de pêche récréative ou commerciale, notamment près des bateaux de pêche, quais, jetées ou endroits où des poissons sont nettoyés ou débarqués.

Privilégiez une eau claire lorsque cela est possible

Une bonne visibilité sous l’eau profite autant aux nageurs qu’aux requins. L’eau trouble, les sédiments en suspension, une forte houle ou un faible éclairage peuvent augmenter la probabilité d’une rencontre à courte distance avant que l’un ou l’autre ne détecte sa présence.

Évitez les secteurs fréquentés par les phoques

Le phoque gris et le phoque commun comptent parmi les principales proies du requin blanc dans l’Atlantique canadien. Les secteurs où les phoques sont nombreux doivent donc être considérés comme des endroits où des requins blancs peuvent également être présents, particulièrement à la fin de l’été et à l’automne.

La présence de phoques ne doit pas être perçue comme une source d’inquiétude, mais comme une information écologique pertinente. Elle indique simplement que l’on se trouve dans un environnement où une vigilance accrue est appropriée.

Gardez à l’esprit que le risque varie selon la saison

La présence des requins n’est pas constante tout au long de l’année. Une plage présentant pratiquement aucun risque au début de l’été peut justifier davantage de prudence à la fin d’août ou en septembre si des requins blancs et leurs proies fréquentent le secteur de façon saisonnière.

Le risque est dynamique. Comprendre à quel moment les requins sont susceptibles d’être présents est souvent plus important que de savoir où ils se trouvent.

La baignade demeure l’une des façons les plus sûres et les plus agréables de découvrir les océans du Canada. En faisant preuve de bon sens et en acquérant une compréhension élémentaire de l’écologie marine locale, chacun peut réduire davantage un risque déjà extrêmement faible tout en profitant de la mer de façon responsable.

Message clé :

Les morsures de requins chez les nageurs sont extraordinairement rares au Canada. La meilleure façon de les maintenir ainsi est de connaître les conditions locales, de respecter la faune sauvage et de prendre des décisions éclairées plutôt que de céder à la peur ou à la complaisance.

Recommandations pour les surfeurs et les pagayeurs

Des rencontres entre surfeurs et requins ont déjà été documentées dans l’Atlantique canadien, notamment lors d’un incident récent survenu à White Point, en Nouvelle-Écosse (CSAR-0024). En 2025, un requin blanc a également percuté une planche à pagaie (SUP) au large de Cherry Hill Beach, en Nouvelle-Écosse (CSAR-0030). Bien que de tels événements demeurent exceptionnellement rares, les surfeurs et les adeptes de la planche à pagaie passent généralement de longues périodes sur l’eau ou dans l’eau et fréquentent souvent des secteurs où des requins blancs peuvent être présents de façon saisonnière.

Les recommandations suivantes visent à réduire davantage un niveau de risque déjà très faible.

L’objectif n’est pas d’éviter l’océan, mais de comprendre les conditions dans lesquelles le risque peut augmenter.

Quittez l’eau calmement si vous apercevez un requin

Si vous observez un requin à proximité, demeurez calme et sortez de l’eau de manière contrôlée et posée si cela peut être fait en toute sécurité. Évitez de paniquer ou d’effectuer des mouvements brusques et désordonnés.

Faites preuve d’une vigilance accrue à l’aube et au crépuscule

De nombreuses espèces-proies sont particulièrement actives lorsque la luminosité est faible. Les surfeurs et les adeptes de la planche à pagaie devraient donc redoubler de prudence à l’aube et au crépuscule, surtout dans les secteurs où le requin blanc est connu pour être présent de façon saisonnière.

Soyez attentif à votre environnement

Demeurez conscient de l’évolution des conditions environnementales, de toute activité inhabituelle de la faune marine ainsi que du comportement des autres surfeurs, adeptes de la planche à pagaie ou animaux marins. La conscience de la situation constitue l’un des moyens les plus efficaces de réduire les risques.

Évitez les chenaux profonds entre la plage et la zone de déferlement

Les requins blancs peuvent utiliser les chenaux plus profonds pour se déplacer à travers la zone de surf ou pour approcher leurs proies par-dessous. Lorsque cela est possible, évitez de passer de longues périodes au-dessus de telles structures.

Évitez les secteurs fréquentés par les phoques

Le phoque gris constitue l’une des principales proies du requin blanc dans l’Atlantique canadien. Les secteurs abritant d’importantes concentrations de phoques devraient donc être considérés comme des endroits où des requins blancs peuvent également être présents, particulièrement à la fin de l’été et à l’automne.

La présence de phoques ne doit pas être perçue comme une source d’inquiétude, mais comme une information écologique pertinente. Elle indique simplement que les surfeurs et adeptes de la planche à pagaie évoluent dans un environnement où une vigilance accrue est appropriée.

Évitez les embouchures de rivières et les zones de faible visibilité

Les embouchures de rivières contiennent souvent une eau plus trouble et peuvent concentrer poissons et autres organismes marins. Une visibilité réduite peut compliquer la détection mutuelle entre les surfeurs, les adeptes de la planche à pagaie et les requins.

Surfez ou pagayez en groupe

Dans la mesure du possible, pratiquez vos activités en compagnie d’autres personnes et demeurez en contact visuel avec elles. Un groupe est généralement plus facile à repérer et permet également de porter assistance en cas d’urgence.

Évitez les éclaboussures excessives

Des mouvements désordonnés ou de fortes éclaboussures à la surface peuvent rappeler ceux d’un mammifère marin blessé ou d’une proie en détresse. Lorsque cela est possible, privilégiez des mouvements calmes et maîtrisés.

Éloignez-vous des carcasses de mammifères marins

Les carcasses peuvent attirer des charognards ainsi que de grands requins prédateurs. Si un phoque, une baleine ou tout autre mammifère marin mort est observé près du rivage, choisissez un autre site ou reportez votre activité.

Évitez de porter des bijoux ou accessoires très réfléchissants

Les objets brillants peuvent produire des reflets sous l’eau. Bien que les preuves démontrant qu’ils attirent les requins soient limitées, réduire les reflets inutiles constitue une mesure de précaution simple.

Évitez les secteurs où des activités de pêche sont en cours

Ne surfez pas et ne pratiquez pas la planche à pagaie à proximité d’activités de pêche récréative ou commerciale, notamment près des bateaux de pêche, quais, jetées ou endroits où des poissons sont nettoyés ou débarqués. Les activités de pêche peuvent attirer les requins et modifier leur comportement naturel.

Un site de surf est avant tout un écosystème vivant partagé par de nombreuses espèces, et non simplement un lieu de loisirs.

Le surf et la planche à pagaie demeurent des activités sécuritaires dans l’Atlantique canadien. En comprenant l’écologie locale des requins, en reconnaissant les conditions susceptibles d’accroître la probabilité d’une rencontre et en adaptant leur comportement en conséquence, les surfeurs et les adeptes de la planche à pagaie peuvent réduire davantage un niveau de risque déjà exceptionnellement faible tout en continuant à profiter de l’océan de façon responsable.

Message clé :

Pour les surfeurs et les adeptes de la planche à pagaie, le meilleur moyen de réduire le risque associé aux requins demeure la connaissance : comprendre les conditions locales, respecter le milieu marin et prendre des décisions éclairées fondées sur l’écologie du secteur plutôt que sur la peur ou la complaisance.

Recommandations pour les plaisanciers

Au moins une rencontre mortelle confirmée impliquant un requin blanc au Canada résulte d’une attaque contre une embarcation (CSAR-0017). Bien que de tels événements soient exceptionnellement rares, les embarcations petites ou fragiles, notamment les kayaks, les canots, les doris et les embarcations pneumatiques, sont intrinsèquement plus vulnérables que les navires de plus grande taille.

Au cours de plusieurs décennies de travail sur le terrain, les chercheurs de l’Observatoire des requins du Saint-Laurent ont passé des milliers d’heures en mer à bord de petites embarcations dans des habitats fréquentés par des requins, sans incident. Notre expérience démontre qu’un comportement éclairé, un jugement adéquat et le respect de l’animal suffisent généralement à faire en sorte que les rencontres demeurent sans conséquence.

Une embarcation offre une certaine protection, mais elle ne vous soustrait pas à l’environnement du requin.

Ne touchez jamais un requin à partir d’une embarcation

Les requins sont extrêmement flexibles, étonnamment agiles et capables de changer brusquement de direction. Tenter d’en toucher un à partir d’une embarcation vous expose inutilement à un risque de blessure potentiellement grave.

Ne vous penchez pas au-dessus du bord

Évitez de vous pencher au-dessus du plat-bord ou de vous placer dans une position instable pour observer ou photographier un requin. Une vague soudaine, un mouvement inattendu de l’embarcation ou une réaction imprévisible du requin pourrait vous faire tomber à l’eau.

Résistez à la tentation d’entrer dans l’eau

Si un requin est présent, ne sautez pas à l’eau pour impressionner vos amis ou vos abonnés sur les réseaux sociaux. Même si l’animal semble calme ou indifférent, son comportement peut changer de façon imprévisible.

Ne bloquez pas volontairement la trajectoire d’un requin

Laissez les requins circuler librement et évitez de manœuvrer votre embarcation de manière à intercepter ou entraver leurs déplacements. Gardez également à l’esprit qu’un requin passant sous l’embarcation pourrait être blessé par l’hélice.

Faites preuve d’une prudence particulière à bord d’une embarcation pneumatique

Si vous vous trouvez à bord d’une embarcation pneumatique et qu’un requin blanc s’approche directement ou manifeste un intérêt soutenu envers l’embarcation ou son moteur, quittez calmement le secteur sans délai.

En kayak ou en canot, dirigez-vous vers le rivage

Si vous apercevez un requin blanc alors que vous êtes en kayak ou en canot, demeurez calme et dirigez-vous de façon régulière vers le point d’atterrissage sécuritaire le plus proche. Évitez les éclaboussures excessives ainsi que les mouvements brusques ou désordonnés.

Évitez les secteurs fréquentés par les phoques pendant la saison du requin blanc

Le phoque gris et le phoque commun comptent parmi les principales proies du requin blanc dans l’Atlantique canadien. Faire du kayak ou du canot à proximité d’importantes concentrations de phoques ou de colonies de reproduction pendant les périodes où les requins blancs sont connus pour fréquenter la région de façon saisonnière peut augmenter la probabilité d’une rencontre.

En cas de naufrage ou de chute à l’eau, évitez de vous débattre inutilement

Si vous vous retrouvez accidentellement à l’eau à la suite d’un naufrage ou de tout autre incident, évitez autant que possible les éclaboussures excessives tout en vous dirigeant vers un radeau de sauvetage, une embarcation renversée ou toute autre structure flottante. Des mouvements calmes et déterminés sont généralement préférables à des gestes désordonnés dictés par la panique.

La meilleure rencontre avec un requin est celle où le requin et les humains se séparent sans incident et poursuivent chacun leur chemin.

Pour la majorité des plaisanciers, les requins suscitent davantage la fascination que la crainte. Respecter leur espace, éviter toute provocation inutile et faire preuve de bonnes pratiques maritimes suffisent généralement à garantir une rencontre à la fois sécuritaire et mémorable.

Message clé :

Les embarcations comptent parmi les endroits les plus sûrs pour observer les requins. En adoptant un comportement responsable et en permettant à ces animaux de se comporter naturellement, les plaisanciers peuvent réduire davantage un niveau de risque déjà extrêmement faible tout en favorisant une coexistence respectueuse entre les humains et les requins.

Recommandations pour les plongeurs

Les rencontres entre plongeurs autonomes, adeptes de l’apnée et requins demeurent rares dans l’Atlantique canadien, mais elles ne sont plus inédites. À l’exception des observations intentionnelles réalisées par des chercheurs ou des opérateurs autorisés, la plupart des rencontres avec des requins sont brèves et se produisent souvent sans que le plongeur ne s’en rende compte. Les espèces le plus souvent observées par les plongeurs dans la région comprennent l’aiguillat commun, le requin-pèlerin, le maraîche ainsi que, historiquement, le requin du Groenland à proximité de Baie-Comeau, dans l’estuaire du Saint-Laurent.

De 2003 à 2010, des requins du Groenland ont été observés de façon prévisible par des plongeurs près de Baie-Comeau (CSAR-0020). La première rencontre fortuite confirmée entre des plongeurs autonomes et un requin blanc dans les eaux canadiennes s’est produite près d’Halifax en novembre 2021 (CSAR-0026). Depuis, d’autres rencontres entre plongeurs et requins blancs ont été signalées en Nouvelle-Écosse, particulièrement dans la région d’Halifax, ce qui indique que de tels événements, bien qu’encore rares, semblent devenir plus fréquents. La première rencontre fortuite signalée entre un plongeur et un requin blanc dans le golfe du Saint-Laurent est survenue au Rocher aux Oiseaux, aux Îles-de-la-Madeleine, le 2 août 2025.

Les rencontres avec des requins blancs demeurent très rares dans l’ensemble de leur aire de répartition, mais elles peuvent occasionnellement donner lieu à une confrontation. Les plongeurs autonomes et les adeptes de l’apnée devraient donc considérer toute rencontre avec un requin blanc comme une situation impliquant un animal sauvage potentiellement dangereux et adopter en conséquence un comportement calme, maîtrisé et réfléchi.

Une rencontre sous l’eau avec un requin blanc n’est pas une séance photo. C’est une situation qui exige une attention immédiate, du sang-froid, de la discipline et du respect.

N’effectuez pas de plongée dans une eau trouble lorsque des requins blancs peuvent être présents

Une faible visibilité réduit la capacité des plongeurs et des requins à se détecter et à s’évaluer mutuellement. Évitez la plongée autonome ou l’apnée dans une eau trouble lorsque la présence de requins blancs est connue, soupçonnée ou récemment signalée dans le secteur.

Évitez de plonger à proximité de concentrations ou de colonies de phoques durant la saison du requin blanc

Le phoque gris et le phoque commun comptent parmi les principales proies du requin blanc dans l’Atlantique canadien. Plonger à proximité de concentrations de phoques, de colonies de reproduction ou de secteurs où leur activité est importante durant la saison du requin blanc augmente la probabilité d’une rencontre.

Observez le comportement des phoques

Si les phoques se dispersent soudainement, quittent l’eau ou semblent inhabituellement nerveux, un grand prédateur pourrait se trouver à proximité. Considérez tout changement brusque de comportement comme une information écologique pertinente et réévaluez votre plongée.

Ne bloquez jamais la trajectoire d’un requin

Un requin ne peut pas nager à reculons. Si un plongeur bloque sa trajectoire ou le coince contre un récif, une épave, une paroi ou le fond marin, l’animal peut réagir de façon défensive. Laissez-lui toujours une voie de retraite dégagée.

Ne touchez pas, ne saisissez pas, ne poursuivez pas et ne harcelez pas les requins

Toute tentative de toucher ou d’interagir physiquement avec un requin peut provoquer une réaction défensive. Au Canada, un tel comportement peut également entraîner des conséquences juridiques lorsqu’il implique une espèce protégée ou en péril.

Si un requin blanc s’approche, ne lui tournez pas le dos

Gardez le requin en vue et évitez de lui permettre d’approcher par derrière ou par-dessous. Ne remontez pas précipitamment à la surface à moins que cela ne soit absolument nécessaire. Si possible, maintenez un contact visuel, demeurez près de votre binôme ou de votre groupe et dirigez-vous calmement vers le point de sortie.

Ne vous attardez pas à la surface

Une fois revenu à l’embarcation, à l’échelle ou au rivage, quittez l’eau sans délai inutile. Évitez de vous débattre, d’éclabousser ou de demeurer en surface si le requin se trouve toujours à proximité.

Ne recherchez pas des rencontres improvisées

Si vous apercevez un aileron dorsal ou recevez un signalement crédible faisant état de la présence d’un requin blanc à proximité, n’entrez pas dans l’eau pour prendre des photographies, des vidéos ou du contenu destiné aux réseaux sociaux. Le requin peut être présent en raison d’une proie ou d’un autre attractif qui n’est pas immédiatement visible.

Rappelons également que le requin blanc est inscrit comme espèce en voie de disparition en vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) du Canada. Le fait de poursuivre, harceler, déranger ou autrement perturber intentionnellement un requin blanc est non seulement irresponsable, mais peut également contrevenir à la législation fédérale.

N’utilisez pas d’appâts ni d’attractifs pour attirer les requins

N’utilisez jamais intentionnellement d’appâts, d’attractifs ou d’autres moyens visant à attirer des requins. L’introduction de restes de poissons, de sang ou d’autres substances attractives dans l’eau peut modifier le comportement naturel des requins, accroître la probabilité de rencontres rapprochées et exposer inutilement les humains comme la faune à des risques.

Au Canada, plusieurs espèces de requins présentes dans les eaux de l’Atlantique, dont le requin blanc, bénéficient d’une protection légale. Les activités scientifiques impliquant l’attraction intentionnelle de requins, notamment par l’utilisation d’appâts ou d’attractifs, nécessitent les permis scientifiques appropriés délivrés par Pêches et Océans Canada (MPO) et, lorsque requis, un protocole de bien-être animal approuvé par un établissement membre du Conseil canadien de protection des animaux (CCPA). L’utilisation non autorisée d’appâts ou d’attractifs peut non seulement compromettre la sécurité du public, mais également contrevenir aux lois et règlements en vigueur.

N’improvisez pas une plongée en cage

La plongée en cage exige des procédures de sécurité professionnelles, du personnel expérimenté et des protocoles rigoureux en matière de bien-être animal. Au Canada, toute activité de plongée en cage impliquant des requins blancs ou d’autres espèces protégées requiert également les permis scientifiques appropriés délivrés par Pêches et Océans Canada (MPO) et, lorsque requis, un protocole approuvé par un établissement membre du Conseil canadien de protection des animaux (CCPA).

La plongée en cage improvisée expose inutilement les plongeurs et les requins à des risques et peut également contrevenir à la législation fédérale.

Utilisez l’éclairage avec prudence

Les puissants phares vidéo, flashes et éclairs répétés peuvent perturber ou irriter la faune marine. Utilisez l’éclairage artificiel avec modération et évitez de diriger une lumière intense directement dans les yeux d’un requin qui s’approche.

Face à un requin blanc qui s’approche, la réaction la plus sûre n’est ni la panique ni la poursuite, mais un retrait calme et maîtrisé.

Quelle que soit l’activité pratiquée, ne vous fiez pas uniquement au calendrier pour présumer que les requins blancs ont quitté la région. Les requins blancs peuvent demeurer dans l’Atlantique canadien et le golfe du Saint-Laurent bien avancé en automne, et les tendances saisonnières actuellement observées pourraient continuer d’évoluer à mesure que les connaissances scientifiques progressent.

Message clé :

Pour les plongeurs autonomes et les adeptes de l’apnée, les meilleurs outils de sécurité demeurent une bonne visibilité, la vigilance, la discipline et le sang-froid. Les rencontres avec des requins blancs sont rares, mais lorsqu’elles surviennent sous l’eau, elles doivent être prises au sérieux et traitées avec le respect qu’impose tout grand prédateur sauvage.

Connaissance, respect et coexistence

Les requins font partie des écosystèmes marins du Canada depuis des milliers d’années. Les découvertes archéologiques, les savoirs autochtones et les documents historiques démontrent tous que les êtres humains partagent ces eaux avec de grands requins prédateurs depuis bien avant l’arrivée des premiers colons européens.

Aujourd’hui, la question n’est pas de savoir si les requins ont leur place ici, ils l’ont, mais plutôt de déterminer comment nous choisissons de coexister avec eux.

Tout au long de cette publication complémentaire au Registre canadien des attaques de requins, un principe fondamental est demeuré constant : la connaissance est le fondement de la coexistence.

Les requins ne doivent être ni craints irrationnellement ni présentés comme inoffensifs. Ce sont des prédateurs puissants qui mordent très rarement les êtres humains, mais qui en sont néanmoins capables dans certaines circonstances. Reconnaître simultanément ces deux réalités n’a rien de contradictoire ; c’est simplement faire preuve d’honnêteté.

La mission du Registre canadien des attaques de requins n’est donc ni de sensationnaliser de rares tragédies ni d’entretenir des mythes dépassés. Elle consiste plutôt à documenter objectivement les incidents impliquant des requins, à en dégager les tendances et à améliorer notre compréhension des circonstances dans lesquelles ces événements surviennent. Une meilleure connaissance profite à la fois à la sécurité du public et à la conservation des requins.

À mesure que le requin blanc poursuit son rétablissement dans l’Atlantique Nord-Ouest et qu’il est documenté de plus en plus fréquemment dans l’Atlantique canadien et le golfe du Saint-Laurent, les occasions de rencontre pourraient également augmenter. La réponse appropriée n’est ni la panique ni le déni, mais l’éducation, la vigilance et le respect du milieu marin.

En définitive, les requins ne sont pas nos ennemis.

Ils font simplement partie du monde naturel.

Et plus nous les comprenons, mieux nous sommes outillés pour partager l’océan avec eux de façon sécuritaire et responsable.

Réflexion finale :

L’objectif du Registre canadien des attaques de requins n’est pas d’apprendre aux Canadiens à craindre les requins, mais de favoriser un respect éclairé fondé sur les connaissances, la transparence et la science.

Références

  1. Denys, N. (1672). Description géographique et historique des costes de l’Amérique septentrionale avec l’histoire naturelle du païs. Paris, France.
  2. Le Clercq, C. (1691). Nouvelle relation de la Gaspésie. Paris, France.
  3. Maillard, P.-A.-S. (1863). Lettre de M. l’Abbé Maillard sur les missions de l’Acadie et particulièrement sur les missions micmaques (Original work written 1746). In Les Soirées canadiennes (Vol. 3, pp. 289–426). Québec, QC: Brousseau et frères.
  4. Betts, M. W., Blair, S. E., & Black, D. W. (2012). Perspectivism, mortuary symbolism, and human-shark relationships on the Maritime Peninsula. American Antiquity, 77(4), 621–645.
  5. Merle, J. (1824). Mémoire de ce qui est arrivé au P. Vincent de Paul, religieux de la Trappe; et ses observations lorsqu’il étoit en Amérique où il a passé environ dix ans avec l’agrément de son Supérieur. Paris, France.
  6. Bastien, G., Barkley, A., Chappus, J., Heath, V., Popov, S., Smith, R., Tran, T., Currier, S., Fernandez, D. C., Okpara, P., Owen, V., Franks, B., Hueter, R., Madigan, D. J., Fischer, C., McBride, B., & Hussey, N. E. (2020). Inconspicuous, recovering, or northward shift: Status and management of the white shark (Carcharodon carcharias) in Atlantic Canada. Canadian Journal of Fisheries and Aquatic Sciences, 77(10), 1666–1677. https://doi.org/10.1139/cjfas-2020-0055
  7. Bowlby, H. D., Joyce, W. N., Winton, M. V., Coates, P. J., & Skomal, G. B. (2022). Conservation implications of white shark (Carcharodon carcharias) behaviour at the northern extent of their range in the Northwest Atlantic. Canadian Journal of Fisheries and Aquatic Sciences. https://doi.org/10.1139/cjfas-2021-0313
  8. Ryan, L. A., et al. (2021). A shark’s eye view: Testing the mistaken identity theory behind shark bites on humans. Journal of the Royal Society Interface, 18, Article 20210533. https://doi.org/10.1098/rsif.2021.0533
  9. Semmens, J. M., Payne, N. L., Huveneers, C., et al. (2013). Feeding requirements of white sharks may be higher than originally thought. Scientific Reports, 3, Article 1471. https://doi.org/10.1038/srep01471
  10. Sprivulis, P. (2014). Western Australia coastal shark bites: A risk assessment. Australasian Medical Journal, 7(2), 137–142. https://doi.org/10.4066/AMJ.2014.2008
  11. Adney, E. T., & Chapelle, H. I. (1964). The bark canoes and skin boats of North America. Bulletin of the United States National Museum.
  12. Martijn, C. A. (1986). Les Micmacs et la mer. Montréal, QC: Recherches amérindiennes au Québec.
  13. Oxford Languages. (n.d.). Attack; Incident. Oxford University Press. https://languages.oup.com/
  14. Benchley, P. (2002). Shark trouble. Random House.
  15. Lovecraft, H. P. (1927). Supernatural horror in literature.
  16. Encyclopaedia Britannica. (n.d.). 9 of the world’s deadliest mammals. https://www.britannica.com/
  17. Martin, A. R. (1995). Shark smart. Shark Research Institute.
  18. Keenlyside, D. L. (1999). Glimpses of Atlantic Canada’s past. Halifax, NS.
white_shark_donate

Requin blanc échoué près du parc national de
Kouchibouguac, Nouveau-Brunswick
Assisté par l’IA © ORS | Tous droits réservés

“La peur et l'indifférence

mordent plus profondément
que tout requin.”

Aidez-nous à protéger les
requins du Saint-Laurent

— Jeffrey Hay Gallant, ORS

L’Observatoire des requins du Saint-Laurent est
un organisme de bienfaisance enregistré :
Agence du revenu du Canada no 834462913RR0001

FAIRE UN DON >

Requin blanc échoué près du parc national de Kouchibouguac, Nouveau-Brunswick
Assisté par l’IA © ORS | Tous droits réservés

“La peur et l'indifférence

mordent plus profondément

que tout requin.”

Aidez-nous à protéger les
requins du Saint-Laurent.

— Jeffrey Hay Gallant, ORS

L’Observatoire des requins du Saint-Laurent
est un organisme de bienfaisance enregistré :
Agence du revenu du Canada no 834462913RR0001

FAIRE UN DON >
ORS logo

L’Observatoire des requins du Saint-Laurent (ORS) est un organisme de bienfaisance canadien enregistré (ARC : 834462913RR0001) consacré à la recherche, à la conservation, à l’éducation et à la sensibilisation du public concernant les requins de l’Atlantique canadien et de l’écosystème du Saint-Laurent. L’ORS est établi au Québec, Canada.

© 2026 Observatoire des requins du Saint-Laurent. Tous droits réservés.

ORS logo

L’Observatoire des requins du Saint-Laurent (ORS) est un organisme de bienfaisance canadien enregistré (ARC : 834462913RR0001) consacré à la recherche, à la conservation, à l’éducation et à la sensibilisation du public concernant les requins de l’Atlantique canadien et de l’écosystème du Saint-Laurent. L’ORS est établi au Québec, Canada.

© 2026 ORS
Tous droits réservés.