Le requin du Groenland (Laimargue du Groenland)
Somniosus microcephalus (Bloch et Schneider, 1801)
CONTENU
Introduction
Noms
Taille et description
Dentition
Distribution
Profondeur
Vitesse de nage
Prédation
Prédateurs
Reproduction
Espérance de vie
Parasites
Toxicité et triméthylamine d'oxide (TMAO)
Attaques
Recherche
Pêcheries
Morsures tire-bouchon (Corkscrew)
Relation avec l'homme
Légende inuite
Anecdotes
Statut
Références
INTRODUCTION
Le requin du Groenland est le plus gros membre de la famille des Somniosidae. Il est le deuxième plus gros* requin carnivore après le requin blanc et c'est le plus gros poisson des eaux arctiques. De façon générale, son habitat s'étend de l'Arctique et de l'Europe du Nord jusqu'au au 32e parallèle nord dans l'océan Atlantique. ll atteint une taille énorme et malgré son apparence plutôt léthargique, c'est un prédateur capable d'élans spontanés pouvant chasser le phoque et d'autres mammifères tel le bélouga sous certaines conditions. (*même longueur)
Le requin du Groenland est très rarement observé à cause de son habitat bathybenthique inaccessible aux plongeurs. Les premières photos d'un spécimen vivant ont été prises en Arctique en 1995, et les premières images vidéo de ce requin évoluant dans un contexte naturel ont été prises dans l'estuaire du Saint-Laurent par l'équipe actuelle du GEERG en 2003.
NOMS
Nom scientifique : Somniosus microcephalus* (Bloch & Schneider, 1801)
somniosus : du latin [somnus] + [osus] = sommeil (plein de)
microcephalus : micro + grec [kephalē] = petite tête
*Dormeur à petite tête
Noms communs : Laimargue, requin du nord, requin noir, requin dormeur, requin de fond, requin de glace, requin du Saguenay, Skalugsuak (Inuktitut),
Iqalugjuaq (Inuktitut), Greenland shark (Angl.), sleeper shark (Angl.), grey shark (Angl.), ground shark (Angl.), gurry shark (Angl.),
grey shark (Angl.), gurry shark (Angl.). Le requin du Groenland est souvent appelé «requin de fond» par des pêcheurs du Saint-Laurent et du Saguenay au Québec.
TAILLE ET DESCRIPTION
Longueur maximale : Jusqu'à 7,3m (24')
Longueur moyenne : 2,5m à 4,5m (8' à 15')
Poids : Jusqu'à 1100 kg (2500 lbs)
Le requin du Groenland a un corps cylindrique. Il n'a pas de nageoire anale. Une carène caudale est présente sur la base caudale. La tête est petite par rapport au reste du corps. Deux larges spiracles se trouvent au-dessus et légèrement en retrait des yeux.
Ses nageoires dorsales (2) sont petites et sans épines. La première dorsale n'est pas en plein centre du dos. La base des deux dorsales est moins large que sa partie centrale. La nageoire caudale est asymétrique. Ses yeux sont ronds et petits et présentent normalement un copépode parasite, sauf dans le cas des spécimens observés par le GEERG dans le Saint-Laurent qui sont rarement (<10 %) parasités.
La peau peut être brune, grise, noire, ou un mélange tacheté des trois. Son rostre (museau) blanchi (voir photo) porte souvent des marques d'abrasion résultant de sa quête de nourriture sur le fond.
DENTITION
La dentition du requin du Groenland est bien particulière. Les dents du haut, pointues et non serratées (pas en dent de scie), servent à piquer sa proie et à la garder en place. Les dents du bas, larges et carrées, servent à découper la proie moyennant un mouvement circulaire de la tête et du corps. Ce faisant, le requin découpe une « rondelle » de chair à sa proie lorsqu'il ne peut l'avaler tout rond. Ce comportement à été filmé par l'équipe du Dr George Benz à l'île de Baffin. Ce type de blessure sur les mammifères marins est la signature du requin du Groenland. Les dents du haut sont au nombre de 48 à 52 et les dents du bas de 50 à 52. Les proies plus petites sont simplement aspirées.
NOTE:
La morsure ronde décrite ci-dessus n'est pas associée à la morsure dite « tire-bouchon » (corkscrew) rapportée par les médias et un documentaire britannique en 2010. La théorie de la blessure en tire-bouchon n'a pas été validée et nous croyons en fait qu'elle pourrait ne pas être causée par des requins. Voir plus bas la section ÎLE DE SABLE ET ROYAUME-UNI (MORSURE EN TIRE-BOUCHON).
(Ci-bas) Mâchoires d'un requin du Groenland. Image © GEERG

DISTRIBUTION
L'habitat du requin du Groenland s'étend de l'Arctique et de l'Europe du Nord jusqu'au au 32e parallèle nord dans l'océan Atlantique, en passant par le Saint-Laurent et le fjord du Saguenay. D'ailleurs, c'est le seul requin qui tolère les températures arctiques à l'année. Dans le cas du Saguenay, la présence du requin a été enregistrée dans les quatre saisons, et non seulement en hiver, ce qui est plausible vu la grande profondeur (près de 300 m) du fjord. La température de l'eau est un facteur crucial pour ce requin. Il préfère les eaux froides (-0,6°C à 10°C) et sa migration verticale dépend des saisons. En été, il se retrouve normalement à très grande profondeur (jusqu'à 2200 m*) où les eaux sont plus froides. En hiver, il s'approche des eaux de surface qui sont plus froides que les eaux de fond.
Les observations effectuées par le GEERG à Baie-Comeau remettent en question les migrations saisonnières et quotidiennes du requin du Groenland. La raison de ses déplacements demeure inconnue.
Carte de distribution provisoire pour Somniosus microcephalus compilée par le GEERG. Les détails de chacune des observations (type d'observation, profondeur, etc.) sont disponibles sur demande. Cette carte ne présente pas de données pour l'Europe ni pour la région médio-Atlantique. Pour des ajouts ou pour rapporter vos observations, veuillez nous contacter : info@geerg.ca
PROFONDEUR
Le requin du Groenland a été visuellement observé de la surface (0 m) à 2200 m (Filmé à partir d'un submersible sur l'épave du SS Central America en 1988). Des spécimens non-identifiés du genre Somniosus - possiblement S. microcephalus - ont été filmés nageant près de plates-formes pétrolières à de plus grandes profondeurs en 2007 (2200 m / Golfe du Mexique) et en 2012 (2774 m / Brésil). La pression lors de l'observation brésilienne était de 4050 PSI (277 BAR), ce qui dépasse le point de rupture d'un cylindre de plongée. À titre comparatif, la pression à l'intérieur d'un pneu d'automobile varie de 32 à 35 PSI.
VITESSE DE NAGE
Le requin du Groenland est l'un des requins les plus lents au monde et nous l'avons souvent observé quasi-immobile. Toutefois, en nous basant sur nos maintes observations de ce requin nageant librement, sur notre banque d'images vidéo, ainsi que sur nos données de télémesure, nous avons conclu que la vitesse de croisière moyenne du requin du Groenland dans le Saint-Laurent est de 0.3 m/s. Nos données de 2005 nous ont permis de calculer une vitesse moyenne sur longue distance de 0,3 m/s pour un requin s'étant déplacé sur 26 km en 29 heures (Gallant et al. 2013). Nous avons également observé le requin du Groenland nageant à des vitesses égales ou supérieures à 1 m/s lors de la pose d'émetteurs par des plongeurs. Ainsi, la vitesse maximale de 0,7 m/s (1,6 mph) annoncée par certains sites web et médias serait fausse. Il est aussi faux de croire qu'il faut sept secondes au requin pour effectuer un mouvement complet de sa nageoire caudale (queue). Nos images vidéo tel que la séquence affichée au haut de cette page le démontrent sans équivoque.
PRÉDATION
Le requin du Groenland est un prédateur opportuniste qui mange à peu près tout ce qu'il trouve sur son chemin, mort ou vivant. Nous croyons cependant qu'il est surtout charognard.
CONTENU STOMACAL VÉRIFIÉ
Poissons : aiglefin, anguilles, capelan, chaboisseaux, flétan atlantique, flétan du Groenland (turbot), goberge, grenadier, hareng, loquette, loup atlantique, loup tacheté, lycodes, morues, omble chevalier, poule de mer (lompe), raies et autres requins, saumon atlantique, sébastes.
Mammifères : bélouga, marsouin, narval, phoques, et restes d'animaux dont le chien, le cheval, le renne et l'ours blanc (polaire).
Invertébrés : buccins, calmars, crustacés, étoiles de mer (dont les soleils de mer et les ophiures), gastéropodes, méduses, oursin, pieuvre.
Autres : Restes d'oiseaux, algues.
CONTENU STOMACAL NON VÉRIFIÉ
Mammifères : Le requin du Groenland aurait été observé à chasser le caribou à la manière d'un crocodile à l'embouchure d'une rivière du grand nord canadien. Note : Cette anecdote populaire - quoique plausible - n'a jamais été validée. Le requin du Groenland se nourrit vraisemblablement de caribous noyés étant passés à travers la glace lors de migrations.
Selon Jeffrey Gallant du GEERG , "Il serait surprenant qu'un requin du Groenland puisse capturer un ours blanc vivant à moins qu'il soit blessé ou malade." Contrairement à ce que certains médias ont rapporté en 2008, le réchauffement planétaire n'aiderait pas le requin à chasser les ours. "Le requin du Groenland ne peut risquer une blessure ou dépenser l'énergie nécessaire pour tuer un aussi gros et redoutable animal avec ou sans l'aide du réchauffement planétaire. Il y a des proies plus faciles à capturer."
Reuters: Polar bear eaten by shark. Who's top predator?
PRÉDATEURS
Le seul prédateur vérifié du requin du Groenland est le cachalot (Physeter macrocephalus). Le GEERG a observé à deux occasions un cachalot exhibant un comportement associé à la prédation en présence du requin du Groenland dans le Saint-Laurent. Or, ce même cachalot - connu sous le nom de Tryphon - est mort des suites d'un empêtrement dans un engin de pêche en 2009. Une enquête menée par Jeffrey Gallant (GEERG) en 2009 a mené à la découverte d'un autre élément pouvant indiquer que Tryphon se nourrissait de requins du Groenland depuis plusieurs années. Ainsi, une analyse photographique a révélé que les dents de Tryphon étaient largement érodées par l'abrasion. La même anomalie buccale a été observée chez des orques (Épaulard - Orcinus orca) en train de chasser le requin dormeur du Pacifique (Somniosus pacificus) en Colombie-Britannique en 2008. Le requin dormeur du Pacifique est pratiquement identique au requin du Groenland. Les orques et les cachalots chasseraient surtout ces deux requins dormeurs pour se nourrir des grandes quantités d'huile entreposées dans leur foie. Toutefois, les chasseurs doivent d'abord déchiqueter les requins à l'aide de leurs dents qui sont usées par les denticules coupantes recouvrant la peau des victimes. Se nourrir ainsi de requins sur une période de plusieurs années pourrait transformer les dents normalement pointues du cachalot et de l'orque en de bouts arrondis et inefficaces.

Vidéo : Un cachalot connu sous le nom de Tryphon émet des clics en présence du requin du Groenland. Le cachalot pourrait utiliser l'écholocation afin de repérer et de chasser le requin du Groenland.
AUTRES PRÉDATEURS
Le requin du Groenland est capable de cannibalisme en présence d'un requin mort, blessé, ou empêtré dans un engin de pêche.
REPRODUCTION
Peu d'études ont été effectuées sur la reproduction du requin du Groenland. Il est ovovivipare, i.e., les oeufs se développent et éclosent à l'intérieur de la femelle. Elle pourrait mener à terme environ 10 petits requins mesurant près de 40 cm. L'accouplement et la mise à bas n'ont jamais été observés.
Presque toutes les femelles observées par le GEERG dans le Saint-Laurent présentent des marques d'accouplement sur le pédoncule caudal (juste avant la queue). Lorsque vient le temps de s'accoupler, le mâle fait soumettre la femelle en mordant sa peau qui est deux fois plus épaisse que la sienne.
ESPÉRANCE DE VIE
Une seule étude non exhaustive a démontré que le requin du Groenland pourrait croître de 0,5 à 1 cm par an. Un requin capturé puis étiqueté au Groenland en 1936 fut recapturé en 1952. En 16 ans, le requin n'avait allongé que 6 centimètres. On peut donc lancer l'hypothèse qu'un requin mature de 7 mètres de longueur pourrait être âgé de plus de 200 ans. Le requin du Groenland pourrait donc être l'animal vertébré ayant la plus longue espérance de vie au monde.
PARASITES
Le parasite le plus communément associé avec le requin du Groenland est le copépode Ommatokoita elongata. Il s'attache à l'un ou aux deux yeux entraînant des lésions de la cornée et l'aveuglement partiel de l'animal. Toutefois, même s'il était complètement dépourvu de sa vision, le requin du Groenland pourrait facilement survivre grâce à ses autres sens lui permettant de localiser ses proies.
Aussi, comme il vit à très grande profondeur et souvent sous la glace, son habitat est d'une obscurité totale où ses yeux sont inutiles. Certains croient que le copépode est bioluminescent et qu'il attire des proies vers le requin. Ceci n'a jamais été prouvé. Enfin, la majorité des requins observés par le GEERG dans le Saint-Laurent ne sont pas parasités par Ommatokoita elongata.
En 2004, un chercheur du GEERG a observé une lamproie marine (Petromyzon marinus) parasitant un requin du Groenland à Baie-Comeau, dans l’estuaire du Saint-Laurent. (Voir l'article sous l'onglet Publications)
Gallant, J., C. Harvey-Clark, R.A. Myers, and M.J.W. Stokesbury. 2005. Sea lamprey (Petromyzon marinus) attached to a Greenland shark (Somniosus microcephalus) in the St. Lawrence Estuary, Canada. Northeastern Naturalist. 2006 13(1):35–38.

TOXICITÉ ET OXYDE DE TRIMÉTHYLAMINE (TMAO)
L'eau et des solutés, y compris divers sels, le chlorure de calcium, et les sulfates, passent à travers le corps d'un poisson (cellules, tissus et organes) dans un processus nommé osmose. De plus larges molécules dans le sang et dans les fluides corporels des poissons et des requins, y compris des protéines et l’oxyde de triméthylamine* (TMAO), ont aussi un effet osmotique contributoire mais elles sont trop volumineuses pour passer à travers les conduits gouvernant l'équilibre salin.
* Sous-produit de la décomposition métabolique de protéines et d’acides aminées.
Si la concentration de sel dans les tissus d’un poisson est inférieure à celle de l’eau dans laquelle il nage, son corps absorbera du sel provenant de son environnement jusqu’à ce que les deux niveaux deviennent égaux. Si un poisson marin remonte une rivière d’eau douce, le phénomène inverse se produira et il diffusera du sel dans l’environnement à l’aide de cellules spécialisées dans les tissus branchiaux sécrétant du sodium. Dans les deux cas, trop ou pas assez de sel est nocif à la plupart des poissons puisqu’ils ne peuvent survivre qu’à l’intérieur de niveaux spécifiques de salinité. Les poissons qui sont ainsi restreints à l’eau douce ou à l’eau de mer sont nommés sténohalins. Toutefois, certaines espèces tel le saumon sont capables d’osmoréguler dans des niveaux de salinité variables. Ces poissons sont nommés euryhalins.
Lorsque le sel et d’autres solutés pénètrent dans les tissus d’un poisson, de l’eau est expulsée du corps. Puisque la concentration de sel dans les poissons marins est inférieure à celle de l’eau de mer, les poissons doivent continuellement absorber de l’eau et excréter du sel par leurs branchies. La concentration de sel dans les requins est aussi moindre à celle de leur environnement mais ils gèrent l’osmose différemment. Afin de maintenir une quantité stable d’eau dans son corps, le requin du Groenland retient une haute concentration d’urée dans son sang, ce qui compense pour la concentration plus faible de sel. Cependant, parce qu’un niveau élevé d’urée toxique endommagera son corps en déstabilisant les protéines, le requin du Groenland doit aussi retenir un niveau encore plus élevé d’oxyde de triméthylamine (TMAO) afin de contrer les effets de l’urée. Lorsque l'oxyde de triméthylamine et l’urée sont combinés au sel des tissus du requin du Groenland, la pression osmotique des fluides corporels devient plus élevée que celle de son environnement. En d’autres mots, le requin est plus « salé » que l’eau de mer.
Contrairement aux poissons osseux qui doivent constamment et activement ingurgiter de l’eau pour remplacer l’eau perdue par osmose, le requin du Groenland n’a pas besoin de dépenser d’énergie pour maintenir le niveau d’eau nécessaire pour le garder en vie.

En plus de contribuer à la pression osmotique du requin, l’oxyde de triméthylamine et l’urée agissent comme un antigel naturel qui stabilise les enzymes et les protéines dans les tissus du requin du Groenland. Lorsque le requin traverse des conditions extrêmes de température et de profondeur, ils empêchent la formation de cristaux de glace qui perforent les membranes des cellules, ce qui mène à la perte des contenus cellulaires, à la destruction d’organes, et à la mort.
Lorsque la chair du requin du Groenland est consommée, le processus digestif transforme l’oxyde de triméthylamine (TMAO) en triméthylamine (TMA), une substance ayant une forte odeur d’ammoniaque ou de poisson avarié. En plus de provoquer des douleurs intestinales, la triméthylamine a un effet neurologique qui s’apparente à la consommation excessive d’alcool. Dans les cas extrêmes, la mort peut s’en suivre lorsque trop de chair a été consommée. Le requin du Groenland est néanmoins considéré un mets de prédilection en Islande. Voir la section ‘Pêcherie’ ici-bas.
ATTAQUES
Les attaques attribuables au requin du Groenland sont extrêmement rares. Or, il vit en eau si profonde et si inhospitalière aux humains qu'il ne rencontre quasiment jamais de nageurs ni de plongeurs. Il serait donc très imprudent de le juger inoffensif pour l'homme en ne se fiant qu'aux quelques statistiques qui existent. Au cours des seules rencontres naturelles vérifiées entre plongeur et requin à ce jour, des spécimens ont été observés à scruter l'embarcation de plongée à partir de la surface. Encore plus alarmant, un requin a suivi une équipe de plongée jusqu'à la surface. Cette dernière situation laisse croire à un repérage visuel d'un prédateur de phoque. D'ailleurs, l'habileté du requin à chasser en embuscade a été observée par les chercheurs Harvey-Clark et Gallant du GEERG lors d'une rencontre surprenante en visibilité nulle et à seulement 5 m de profondeur en juin 2004.
INCIDENTS
(1) En 1940, un agent de la faune a été traqué pendant de longues minutes par un requin du Groenland alors qu'il marchait sur la banquise à l'île aux Basques (près de Trois-Pistoles) dans le Saint-Laurent. Le comportement du requin laisse croire qu'il chassait un phoque bien vivant.
(2)Vers 1859, une jambe humaine aurait été trouvée dans le contenu stomacal d'un requin du Groenland pêché à Pond Inlet, sur l'île de Baffin.
(3)
Une légende fréquemment citée relate la mésaventure d'une famille amérindienne qui aurait été attaquée lors d'une excursion en canoë sur le Saint-Laurent en 1848. Ils auraient survécu à une attaque de requin du Groenland en sacrifiant l'un des enfants au prédateur. Une autre version de cette même histoire se déroule dans l'Arctique canadien avec pour seule différence que la famille se déplace en kayak.
Si elles ne peuvent être qualifiées d'attaques - les victimes étant déjà mortes - des milliers de personnes victimes de naufrages et de torpillages dans l'Atlantique Nord et le Saint-Laurent – y compris l’Empress of Ireland – sont sans doute tombées sous les dents du requin du Groenland alors qu'il plane à quelques centimètres au-dessus de la plaine abyssale en quête de quoi à manger.
RECHERCHE
De plus en plus de recherches sont effectuées sur le requin du Groenland. Au Canada, le GEERG et SRI Canada poursuivent leurs travaux dans l'estuaire du Saint-Laurent et dans le Saguenay. Sur la côte est, le Laboratoire de recherche sur les requins du Canada (MPO) continue de faire des observations sur les requins capturés par l'industrie de la pêche.
Le GEERG s'intéresse entre autres à la distribution du requin dans le Saint-Laurent et le Saguenay, et aussi au comportement du requin en milieu naturel.
Les opérations en milieu naturel sont très coûteuses et le financement est rare, cette espèce n'ayant pratiquement aucune valeur commerciale. Le GEERG compte donc sur l'appui de la communauté de plongée, de la population riveraine, des pêcheurs et de nos partenaires et commanditaires y compris le Musée du fjord, l'Aquarium du Québec, le Biodôme de Montréal, University of British Columbia, Dalhousie University, et l'Université du Québec à Trois-Rivières.
PÊCHERIES
Dans certains pays, le requin du Groenland est encore pêché commercialement pour son huile. Entre le 19e siècle et 1960, les pêcheurs du Groenland et de l'Islande en capturaient jusqu'à 50 000 annuellement. L'huile contient de la vitamine A et servait aussi à allumer des lampes. La chair n'étant pas comestible dans son état naturel, la carcasse du requin était jetée à l'eau où elle nourrissait d'autres requins. La chair du requin du Groenland contient une forte concentration d'urée qui la rend insalubre à moins de la traiter selon un procédé long et ardu. Les chiens à traineau qui mangent la chair cru du requin deviennent saouls et peuvent même mourir d'intoxication selon la quantité absorbée.
En Islande, la viande du requin est traitée et coupée en petits cubes. Cet hors-d'oeuvre nommé hakárl (kæstur hákarl) se mange accompagné de l'eau de vie locale, le Brennivín, aussi connu sous le nom de « Mort noire ». Allez, « Cul sec » !
Le hakárl est considéré comme un plat national islandais. Le manger fait preuve de robustesse et de force. La chair est rouge ou blanche. La variété rouge serait plus facile à digérer par les gens affligés d'ulcères. Pour préparer le hákarl de façon traditionnelle, le requin est sectionné en morceaux et la viande est enfouie sous du gravier pendant 6 à 8 semaines selon la saison. Elle est ensuite suspendue pour sécher dans une grange pendant 2 à 4 mois. Le procédé moderne consiste à presser la viande dans un contenant de plastique perforé.
(Ci-bas) Du hakarl près de Bjarnahöfn en Islande. Image : Creative Commons

MORSURES TIRE-BOUCHON « CORKSCREW »
L'île de Sable (Nouvelle-Écosse) et maintenant la mer du Nord (Norfolk, Royaume-Uni) sont à l'origine de controverses récentes sur le requin du Groenland. Certains suggèrent depuis longtemps que l'île de Sable est le territoire de chasse de requins puisqu'on y retrouve régulièrement des carcasses mutilées de phoques. Plusieurs des victimes présentent une blessure de type « tire-bouchon », soit une lacération qui fait le tour de la carcasse à quelques reprises. Cette blessure est associée par certains chercheurs au requin du Groenland. Des observations similaires ont été rapportées au Royaume-Uni (région de Norfolk) à l'été 2010. Suite à une longue analyse, nous ne croyons pas que le requin du Groenland est le tueur « tire-bouchon ». Les indices environnementaux et de comportement présentés comme preuve ne concordent pas avec nos propres trouvailles qui sont basées en partie sur l'observation en milieu naturel du requin du Groenland. Certaines conditions environnementales normalement associées au requin du Groenland sont d'ailleurs absentes à l'île de Sable et au Royaume-Uni.
Contrairement à ce qui a été rapporté, et contrairement à certaines de nos propres conclusions précédemment affichées sur cette page, nous croyons maintenant que la plupart des mortalités de phoques à l'île de Sable ne sont en fait aucunement reliées au requin du Groenland. Nous croyons aussi que le requin du Groenland n'est en aucune façon associé aux mortalités de phoques dans la région de Norfolk au Royaume-Uni. Sous certaines conditions, les carcasses de phoques s'échouant à l'île de Sable sans la blessure « tire-bouchon » pourraient avoir été mutilées par un requin du Groenland charognard. L'absence de la tête ou des nageoires est typique d'une « attaque » de requin du Groenland mais le seul type de morsure authentifié est de forme circulaire. Le requin mord dans sa victime puis il se tord sur lui-même jusqu'à ce qu'une rondelle de chair soit arrachée. Il serait même possible pour un gros phoque - ou même un cétacé - de survivre à une telle attaque. La blessure de type « tire-bouchon » ne s'apparente simplement pas à la technique connue du requin du Groenland; une technique qui a déjà été observée et filmée. Les vrais coupables sont probablement des propulseurs de positionnement dynamique utilisés par des navires associés à l'exploration gazière ou à d'autres chantiers du grand large. Les résultats de nos recherches sur ce sujet seront publiés en 2011.
Note: Certains phoques retrouvés déchiquetés à l'île de Sable pourraient avoir été tués par le requin blanc, Carcharodon carcharias, qui semble effectuer un retour dans l'Atlantique Nord.
RELATION AVEC L'HOMME
Contrairement à la culture révérencieuse du Pacifique-Sud, l'Occident n'apprécie guère le requin. S'il est généralement perçu comme une machine à tuer, ce n'est pas le cas du requin du Groenland, du moins, pas auprès de certains pêcheurs qui le nomment dérisoirement « requin de fond » et le croient complètement inoffensif. Pire encore, certains le croient une peste qui détruit leurs engins de pêche et qui contribue à la diminution des stocks de poissons. Malheur au requin qui est pris par ces derniers qui lui coupent la nageoire caudale (queue) pour ensuite le rejeter à l'eau vers une morte lente.
La perception générale de la population n'aide pas la situation. Influencés par les films à sensation du type « Les dents de la mer » depuis des décennies, les gens ont bien peu de sympathie pour les requins même si plusieurs sont émerveillés par la bête suspendue à un crochet sur le quai municipal. Qu'on l'aime ou pas, rares sont les animaux qui attirent autant l'attention et qui génèrent autant de fascination. Par ses activités de recherche et de mise en valeur, le GEERG veut renverser cette tendance non fondée et destructrice.
LÉGENDE INUITE
SKALUGSUAK
Le tissu de ce requin a une forte teneur d'urée, ce qui donna naissance à une légende sur son origine : Une vieille femme lava ses cheveux avec de l'urine et les sécha avec un linge. Le linge fut emporté par le vent et tomba dans la mer où il est devenu Skalugsuak, le premier requin du Groenland.
SEDNA
Lorsqu'une jeune Inuk voulut marier un oiseau, son père tua le fiancé et embarqua sa fille dans un kayak pour la jeter à la mer. Lorsqu'elle s'agrippa au kayak, le père lui coupa chacun des doigts afin qu'elle lâche prise. Sedna disparut alors sous l'eau où elle devint la déesse de l'océan. Chacun de ses doigts se transforma en animal marin dont le requin du Groenland. Le requin fut chargé de venger sa déesse et un jour, renversa le kayak du père puis mangea l'homme alors qu'il pêchait. Lorsqu'un Inuk meurt de cette façon, on dit que le requin a été envoyé par Sedna.
ANECDOTES
À Terre-Neuve en 1922, les membres d'équipage d'un bateau pris dans la banquise lors de la chasse aux phoques, auraient pêché plus de 30 requins du Groenland en deversant du sang et du gras de phoque dans un trou pratiqué dans la glace. Les requins pris avec des gaffes mesuraient entre 3,7 m et 4,9 m (12' à 16'). Plusieurs autres récits relatent des expériences semblables.
À l'époque de la chasse aux bélougas dans la région de Bergeronnes, des douzaines de requins du Groenland étaient attirés par le sang et les entrailles des bélougas éventrés gisant sur la batture. Pris à marée basse, ils étaient éventrés à leur tour par les pêcheurs qui prenaient leur foie pour y tirer l'huile. À marée montante, certains requins reprenaient le large sans leur foie où ils mourraient au bout de quelques heures.
STATUT
Le requin du Groenland ne figure pas sur la liste des espèces menacées du COSEPAC (Comité sur la situation des espèces en péril au Canada). Toutefois, le nombre de requins habitant le Saint-Laurent et le Saguenay est inconnu.
Le requin du Groenland est considéré « quasi menacé » par le IUCN Red List (International Union for the Conservation of Nature and Natural Resources).
Cliquez ICI pour consulter la page du IUCN Red List sur le requin du Groenland.
RÉFÉRENCES
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