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Un requin du Groenland passant près d'anémones plumeuses (Metridium senile) dans l'estuaire du Saint-Laurent. Photo © Jeffrey Gallant / GEERG (Tous droits réservés). |

Somniosus microcephalus
(Bloch et Schneider, 1801)
Le requin du Groenland est le plus gros membre de la famille des Somniosidae. Il est le deuxième plus gros* requin carnivore après le requin blanc et c'est le plus gros poisson des eaux arctiques. De façon générale, son habitat s'étend de l'Arctique à la Géorgie. ll atteint une taille énorme et malgré son apparence plutôt léthargique, c'est un prédateur foudroyant qui chasse le phoque et d'autres mammifères. (*même longueur)
Le requin du Groenland est très rarement observé à cause de son habitat bathybenthique inaccessible aux plongeurs. Les premières photos d'un spécimen vivant ont été prises en Arctique en 1995, et les premières images vidéo de ce requin évoluant dans un contexte naturel ont été prises dans l'estuaire du Saint-Laurent par l'équipe actuelle du GEERG en 2003. |
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Nom scientifique :
Somniosus microcephalus* (Bloch & Schneider, 1801)
somniosus : du latin [somnus] + [osus] = sommeil (plein de)
microcephalus : micro + grec [kephalē] = petite tête
*Dormeur à petite tête
Noms communs :
Laimargue
Requin du nord
Requin noir
Requin dormeur
Requin de fond
Requin de glace
Requin du Saguenay
Skalugsuak (Inuktitut)
Iqalugjuaq (Inuktitut) |
Greenland shark (Angl.)
Sleeper shark (Angl.)
Ground shark (Angl.)
Grey shark (Angl.)
Gurry shark (Angl.)
Ground shark (Angl.)
Grey shark (Angl.)
Gurry shark (Angl.)
Le requin du Groenland est souvent appelé «requin de fond» par des pêcheurs du Saint-Laurent et du Saguenay au Québec. |
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Ses nageoires dorsales (2) sont petites et sans épines. La première dorsale n'est pas en plein centre du dos. La base des deux dorsales est moins large que sa partie centrale. La nageoire caudale est asymétrique. Ses yeux sont ronds et petits et présentent normalement un parasite, sauf dans le cas des spécimens observés par le GEERG dans le Saint-Laurent en 2003 & 2004, qui ne présentaient aucun parasite.
La peau peut être brune, grise ou un mélange tacheté des trois. Son museau blanchi (voir photo) porte souvent des marques d'abrasion résultant de sa quête de nourriture sur le fond. |
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Un requin du Groenland suspendu au quai des Pilotes de Les Escoumins, dans l'estuaire du Saint-Laurent. Photo courtoisie Luc Tremblay (Tous droits réservés). |
L'habitat du requin du Groenland s'étend de l'Arctique à l'Europe du Nord, et du nord-est de l'Amérique jusqu'en Géorgie, en passant par le Saint-Laurent et le fjord du Saguenay. D'ailleurs, c'est le seul requin qui tolère les températures arctiques à l'année. Dans le cas du Saguenay, la présence du requin a été enregistrée dans les quatre saisons, et non seulement en hiver, ce qui est plausible vu la grande profondeur (près de 300m) du fjord. La température de l'eau est un facteur crucial pour ce requin. Il préfère les eaux froides (-0,6°C à 12°C) et sa migration verticale dépend des saisons. En été, il se retrouve normalement à très grande profondeur (jusqu'à 2200m*) où les eaux sont plus froides. En hiver, il s'approche des eaux de surface qui sont plus froides que les eaux de fond.
Les observations effectuées par le GEERG à Baie-Comeau remettent en question les migrations saisonnières et quotidiennes du requin du Groenland. La raison de ses déplacements demeure inconnue.
* Observé à partir d'un submersible sur l'épave du SS Central America (1988) |
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Peu d'études ont été effectuées sur la reproduction du requin du Groenland. Il est ovovivipare, i.e., les oeufs se développent et éclosent à l'intérieur de la femelle. Elle pourrait mener à terme environ 10 petits requins mesurant près de 40 cm à la fois. L'accouplement et la mise à bas n'ont jamais été observés.
Les femelles observées par le GEERG dans le Saint-Laurent présentaient toutes des marques d'accouplement sur la partie caudale (voir photo). Lorsque vient le temps de s'accoupler, le mâle fait soumettre la femelle en mordant sa peau qui est deux fois plus épaisse que la sienne. |
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Le parasite le plus communément associé avec le requin du Groenland est le copépode Ommatokoita elongata. Il s'attache à l'un ou aux deux yeux entraînant des lésions de la cornée et l'aveuglement partiel de l'animal. Toutefois, même s'il était complètement dépourvu de sa vision, le requin du Groenland pourrait facilement survivre grâce à ses autres sens lui permettant de localiser ses proies.
Aussi, comme il vit à très grande profondeur et souvent sous la glace, son habitat est d'une obscurité totale et ses yeux lui sont inutiles. Certains croient que le copépode est bioluminescent et qu'il attire des proies vers le requin. Ceci n'a jamais été prouvé. Enfin, la majorité des requins observés par le GEERG dans le Saint-Laurent ne sont pas parasités par Ommatokoita elongata. |
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La dentition du requin du Groenland est bien particulière. Les dents du haut, pointues et non serratées (pas en dent de scie), servent à piquer sa proie et à la garder en place. Les dents du bas, larges et carrées, servent à découper la proie moyennant un mouvement circulaire de la tête. Ce faisant, le requin découpe un « bouchon » de chair à sa proie lorsqu'il ne peut l'avaler tout rond.
Ce comportement à été filmé par l'équipe du Dr George Benz à l'île de Baffin. Ce type de blessure sur les mammifères marins est la signature du requin du Groenland (Voir l'Île de Sable). Les dents du haut sont au nombre de 48 à 52 et les dents du bas de 50 à 52. Les proies plus petites sont simplement aspirées. |
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(En haut à gau.) Macheoires d'un requin du Groenland. Photo © GEERG (Tous droits réservés). (Ci-dessus) La dentition du requin du Groenland. Image: Fishes of the North Western Atlantic (1948) |
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Jean-Yves Forest équipé d'une balise satellite qu'il posera sur un requin du Groenland. Photo © Maude Roussel (Tous droits réservés). |
Actuellement, peu de recherches sont effectuées sur le requin du Groenland. Au Canada, le GEERG et SRI Canada poursuivent leurs travaux dans l'estuaire du Saint-Laurent et dans le Saguenay. Sur la côte est, le Laboratoire de recherche sur les requins du Canada continue de faire des observations sur les requins capturés par l'industrie de la pêche.
Le GEERG s'intéresse entre autres à la distribution du requin dans le Saint-Laurent et le Saguenay, et aussi au comportement du requin en milieu naturel.
Les opérations en milieu naturel sont très coûteuses et le financement est rare, cette espèce n'ayant pratiquement aucune application commerciale. Le GEERG compte donc sur l'appui de la communauté de plongée, de la population riveraine, des pêcheurs et de nos partenaires et commanditaires. |

Opération Skalugsuak (À la recherche du requin du Groenland) - Pat Shannon et John Batt posent devant la cage anti-requin sur la glace pendant un blizzard. Les opérations de plongée sous la glace ont dû être annulées lorsque la température a chutée à -32°C (-50°C avec le facteur vent). Photo © Jeffrey Gallant / GEERG (Tous droits réservés)
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Dans certains pays, le requin du Groenland est encore pêché commercialement pour son huile. Entre le 19e siècle et 1960, les pêcheurs du Groenland et de l'Islande en capturaient jusqu'à 50 000 annuellement. L'huile contient de la vitamine A et servait aussi à allumer des lampes. La chair n'étant pas comestible dans son état naturel, la carcasse du requin était jetée à l'eau où elle nourrissait d'autres requins.
La chair du requin du Groenland contient une forte concentration d'urée qui la rend insalubre à moins de la traiter selon un procédé long et ardu. Les chiens à traineau qui mangent la chair cru du requin deviennent saouls et peuvent même mourir d'intoxication selon la quantité absorbée.
En Islande, la viande du requin est traitée et coupée en petits cubes. Cet hors-d'oeuvre nommé hakárl (kæstur hákarl) se mange accompagné de l'eau de vie locale, le Brennivín, aussi connu sous le nom de « Mort noire ». Allez, « Cul sec » ! |
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Requin du groenland capturé dans le fjord du Saguenay lors de la pêche blanche en 1996. La pêche de ce requin est maintenant interdite. Photo courtoisie Musée du fjord |
Contrairement à la culture révérencieuse du Pacifique-Sud, l'Occident n'apprécie guère le requin. S'il est généralement perçu comme une machine à tuer, ce n'est pas le cas du requin du Groenland, du moins, pas auprès de certains pêcheurs qui le nomment dérisoirement « requin de fond » et le croient complètement inoffensif. Pire encore, certains le croient une peste qui détruit leurs engins de pêche et qui contribue à la diminution des stocks de poissons. Malheur au requin qui est pris par ces derniers qui lui coupent la nageoire caudale pour ensuite le rejeter à l'eau vers une morte lente.
La perception générale de la population n'aide pas la situation. Influencés par les films à sensation du type « Les dents de la mer » depuis des décennies, les gens ont bien peu de sympathie pour les squales même si plusieurs sont émerveillés par la bête suspendue à un crochet sur le quai municipal. Qu'on l'aime ou pas, rares sont les animaux qui attirent autant l'attention et qui génèrent autant de fascination. Par ses activités de recherche et de mise en valeur, le GEERG veut renverser cette tendance non fondée et destructrice.
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Femme inuite, circa 1907. |
SKALUGSUAK
Le tissu de ce requin a une forte teneur d'urée, ce qui donna naissance à une légende sur son origine : Une vieille femme lava ses cheveux avec de l'urine et les sécha avec un linge. Le linge fut emporté par le vent et tomba dans la mer où il est devenu Skalugsuak, le premier requin du Groenland.
SEDNA
Lorsqu'une jeune Inuk voulut marier un oiseau, son père tua le fiancé et embarqua sa fille dans un kayak pour la jeter à la mer. Lorsqu'elle s'agrippa au kayak, le père lui coupa chacun des doigts afin qu'elle lâche prise. Sedna disparut alors sous l'eau où elle devint la déesse de l'océan. Chacun de ses doigts se transforma en animal marin dont le requin du Groenland. Le requin fut chargé de venger sa déesse et un jour, renversa le kayak du père puis mangea l'homme alors qu'il pêchait. Lorsqu'un Inuk meurt de cette façon, on dit que le requin a été envoyé par Sedna. |
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Le requin du Groenland ne figure pas sur la liste des espèces menacées du COSEPAC (Comité sur la situation des espèces en péril au Canada). Toutefois, le nombre de requins habitant le Saint-Laurent et le Saguenay est inconnu.
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Le requin du Groenland est considéré « quasi menacé » par le IUCN Red List (International Union for the Conservation of Nature and Natural Resources).
Cliquez ICI pour consulter la page du IUCN Red List sur le requin du Groenland. |

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Les nouvelles du large, (Bulletin no. 7) - GREMM, 18.06.1999
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