29.07.2009
Devrait-on transformer le requin du Groenland en biogaz ? Par Jeffrey Gallant
Une proposition récente émanant du Groenland préconise la transformation de prises accidentelles du requin du Groenland en biogazes. Les auteurs de la proposition croient que la chair du requin - surtout son foie riche en huile - les eaux usées et des macro-algues pourraient être broyées ensemble afin de produire du biogaz pour alimenter en énergie des villages isolés. Or, dans ce coin du monde où ce requin est considéré comme nuisible par les pêcheurs et où certaines municipalités paient encore une rançon pour chaque cœur de requin débarqué au port, nous pouvons douter que tous les requins ainsi transformés aient bel et bien été capturés accidentellement.
Requin du Groenland capturé en Islande. Photo par Wendy Crockett (Creative Commons)
Associer un requin mort à une récompense financière pourrait mener à une augmentation des requins tués, voire même mener à la création d’une pêcherie planifiée avec des conséquences inconnues sur l’écosystème marin du Groenland et de son voisin canadien. La situation est d’autant plus alarmante lorsqu’on considère que le requin du Groenland est particulièrement vulnérable à la surpêche puisqu’il prend plusieurs années avant d’atteindre la maturité sexuelle et que ses portées sont petites et peu nombreuses.
Dans un monde où les stratagèmes de mise en marché déterminent les nouvelles tendances, l’ajout du préfixe « bio » sert souvent d'attrape-nigaud faisant croire que le vert produit serait bon pour l’environnement. Transformer un mal – surpêche – en un bien – biogaz – n'est pas une mauvaise idée à condition que cela ne mène pas à la surexploitation d'une espèce fragile et relativement inconnue. La surpêche a un impact terrible sur les océans mais les captures accidentelles ne sont pas entièrement perdues lorsqu’elles sont laissées dans la mer. Les animaux morts – y compris les requins – sont rapidement recyclés sur les fonds marins où ils nourrissent une multitude d’espèces vivantes en perpétuelle quête d’une forme d’énergie naturelle. Voilà une façon bien plus durable d’éliminer la surpêche – aussi déplorable soit-elle – puisqu’elle ne produit ni gaz à effet de serre, ni d’incitatif à tuer intentionnellement des requins pour de l’argent.
Transformer la surpêche du requin du Groenland en un nouveau sous-produit mercantile et polluant ne ferait qu'empirer une situation déjà inacceptable.
COPYRIGHT GEERG 2009 / TOUS DROITS RÉSERVÉS info@geerg.ca
Les dents de l'amer. Ragoût d'ailerons à Martin sur la route. Alors que la consommation d'ailerons de requins est dénoncée partout dans le monde, Martin Picard et Radio-Canada jugent bon de vous proposer un braisé d’estomac et d’ailerons en Nouvelle-Écosse...